« Princess », un chant à trois voix. Le projet collectif de trois musiciens, Stephan Oliva, Susanne Abbuehl et Øyvind Hegg-Lunde. Un souffle vocal irradié de grâce, un piano intimiste, une percussion en suspension pour un hommage à Jimmy Giuffre. La musique poétique, aérienne et éthérée d’un trio princier.
Sorti le 31 mars 2017, l’album « Princess » (Vision Fugitive/L’Autre Distribution) propose un moment hors du temps pour oublier les musiques formatées, les étalages techniques et les excès de sensibleries outrancières. Des broderies musicales projetées en clair-obscur sur un voile crépusculaire.
« Princess ». Comme un souffle d’air, la voix irréelle de Susanne Abbuehl flotte en apesanteur sur les accords magiques du piano de Stephan Oliva et les subtils accents de la batterie de Øyvind Hegg-Lunde. A travers leurs interventions délicates et nuancées les musiciens libèrent la voix du silence.
« … le clarinettiste Jimmy Giuffre fut un de ces hommes de l’ombre qui …. a chamboulé en profondeur la nature même des musiques improvisées. … en se passant de batterie dans son trio historique » … « Il a ouvert la voie à une toute nouvelle syntaxe jazzistique » - Gilles Tordjman
En se passant de basse, le trio Oliva/Abbuehl/Hegg-Lunde pratique aussi une musique allégée des contraintes rythmiques et harmoniques. La liberté advient et tout devient possible en termes d’expansion pour les instrumentistes. La voix pure de la chanteuse égrène les paroles des poèmes sur le tapis de velours que déroulent les accords harmonieux du pianiste. Abreuvées des harmonies subtiles libérées par le piano, les paroles respirent et sont portées par l’accompagnement minimaliste et sensible des percussions.
Libérée des dominations rythmique, mélodique et harmonique, la musique vit telle qu’en elle-même, réduite à l’essentiel de sa nature. Sur cet album on ne peut parler d’instrumentistes qui accompagneraient une chanteuse. Il s’agit d’un compagnonnage musical qui libère de manière équitable l’expression de chacun des interprètes et favorise les interactions. Complices, les trois musiciens proposent onze titres et sculptent une musique immatérielle, fragile, sensible et profonde comme une source de sérénité.
Suzanne Abbuehl a écrit des paroles sur quatre compositions de Jimmy Giuffre dont Princess qui donne son titre à l’album, sur Great Bird de Keith Jarrett et sur deux compositions originales de Stefan Oliva. Au milieu du répertoire, vibre Desireless/Mopti de Don Cherry avec une trame rythmique plus variée que sur les autres titres.
Sur Trance de Jimmy Giuffre le duo piano-percussion/batterie explore et tente d’exprimer l’indicible. En 1’45 d’introspection profonde, Stephan Oliva interprète seul le thème Jimmy qu’il a composé en hommage au clarinettiste.
On se loue que le trio ait eu la magnifique idée d’enregistrer What a Wonderful Worldde Bob Thiele et George David Weiss. Les trois interprètes sensibles et inspirés en donnent version inoubliable, aussi légère que l’hélium et transparente comme le cristal.
Susanne Abbuehl assume l’héritage historique de Jeanne Lee avec laquelle elle a étudié. On observe en outre que Jeanne Lee se produisait souvent en duo avec Ran Blake, pianiste que Stephan Oliva apprécie lui aussi. On note avec intérêt la liberté que le label ECM a octroyée à la chanteuse qui a déjà gravé trois albums sous le label allemand avec lequel elle collabore (« April » en 2001 en quartet sans contrebasse, « Compass » en 2006 en quintet sans contrebasse, « The gift » en quartet sans contrebasse » en 2013).
La pureté et la sensibilité de la musique de l’album « Princess » tient pour beaucoup aux talents des trois interprètes mais il convient de saluer encore une fois les Studios La Buissonne de Pernes les Fontaines où l’album a été enregistré au printemps 2016 par Gérard De Haro et masterisé en été 2016 par Nicolas Bailard. On se loue aussi de la qualité de l’objet « album » avec un visuel et un livret de 40 pages illustré par Emmanuel Guibert.
Pour écouter le trio Stephan Oliva / Susanne Abbuehl / Øyvind Hegg-Lunde et savourer le répertoire de « Princess » en concert, deux options se profilent. Le jeudi 11 mai au Festival Jazz in Arles à 20h30 la Chapelle Saint-Martin du Méjan ou le vendredi 12 mai à Paris au Duc des Lombards, soit à 19h30, soit à 21h30.
Le vendredi 12 octobre 2018 à 20h, l’Auditorium de Lyon accueille le saxophoniste Archie Shepp. Il est entouré de deux musiciens américains Darryl Hall et Steve McCraven et deux artistes français, Carl-Henri Morisset et Marion Rampal. Une affiche alléchante qui laisse espérer une belle soirée !
Le pianiste Omar Sosa revient avec la chanteuse/violoniste Yilian Canizares pour un opus dédié à l’eau. « Aguas », se situe aux confluences de leurs racines afro-cubaines, de la musique classique occidentale et du jazz. Une musique empreinte de poésie, de nostalgie et de spiritualité.
Sur son nouvel opus « The Window », la chanteuse Cecil McLorin Salvant propose un répertoire consacré aux chansons d’amour. Dans la grande tradition des duos voix/piano elle décline avec Sullivan Fortner les différents aspects ce sentiment. Un album d’une grande sobriété, habité de bout en bout par une musicalité peu commune.
Au programme, ouverture, création, diversité et fidélité
Le 23 mars, Dominique Delorme lève le voile sur la programmation des Nuits de Fourvière 2017. Du 01 juin au 05 août ce festival international va faire battre le cœur de la Métropole de Lyon. Au programme, diversité et ouverture, surprises et confirmations.
Des artistes du monde entier vont se croiser à Fourvière et en Métropole au cours des représentations qui composent ce bouquet d’art vivant.
Les Nuits de Fourvière 2017 ce sont 139 représentations dont 58 créations et/ou des premières françaises. On connaît la caractéristique de ce festival dont le périmètre est à géométrie variable et élaboré en fonction des désirs des programmateurs et des rencontres faites avec les artistes. Cette année on note un équilibre entre les 34 représentations dévolues au théâtre et les 31 spectacles consacrés aux musiques. Par contre si la danse est cette fois très peu représentée, on note 74 prestations consacrées au cirque.
Le festival des Nuits de Fourvière est très attaché à des familles d’artistes et à des axes autour desquels il organise des projets proposés à la découverte du public.
Le Grand Théâtre ouvre les 01, 02 et 03 juin sous le signe de la musique avec 3 concerts consacrés au projet « Lamomali »déjà gravé en album. Il s’agit de l’aventure malienne que -M-, Matthieu Chédid mène en complicité avec le joueur de kora Toumani Diabaté et son fils Sidiki. On compte aussi parmi les invités la chanteuse Fatoumata Diawara… direction Bamako
C’est ensuite « Jusque dans vos bras », la toute dernière création des « Chiens de Navarre » déjà venus aux Subsistances. La tribu de Jean-Christophe Meurisse s’attaque à la grande question de l’identité nationale, c’est à dire un paradoxe, à la fois ce qui divise et pourtant devrait unir. Ils vont travailler autour ce paradoxe et mettre à mal pas mal de clichés. Cinq représentations sur la scène de l’Odéon du 07 au 11 juin.
Le Grand Théâtre voit aussi cette année revenir la famille de l’Orchestra Di Piazza Vittorio, cet orchestre italien né dans le quartier de l’immigration populaire de Rome, vers la Piazza Vittorio et avec lequel le festival des Nuits a déjà créé la « Flûte Enchantée » (2009) et « Carmen » (2013). En 2017 le festival accompagne Mario Tronco et ses artistes pour un nouveau projet, une relecture l’opéra de Mozart« Don Giovanni » en une heure et demi. Une version joyeuse de cet opéra légendaire avec de multiples instruments auxquels les orchestres classiques n’ont pas souvent recours. C’est Petra Magoni, la chanteuse italienne déjà venue à Fourvière en Reine de la Nuit qui incarne cette fois un Don Giovanni androgyne les 13, 14 et 15 juin.
Côté musique, le festival travaille de nouveau en coproduction avec l’Épicerie moderne qui a accueilli Titi Robin en résidence en janvier. Titi Robin a déjà été reçu deux fois par les Nuits de Fourvière. En 2014 avec Michael Lonsdale et en 2016 avec Erik Marchand dans une soirée aux teintes bretonnes. En 2017 place à « Rebel Diwana », la nouvelle création du musicien Titi Robin. Un manifeste qui, radical dans le geste et le son, conserve cette langue modale, mélodique et rythmique que l’artiste a forgée au fil du temps. Le concert du 05 juillet à l’Odéon est précédé d’une résidence d’une semaine et le concert sera suivi d’un album.
Côté danse, le festival regarde du côté du tango et propose un spectacle de danse avec Esteban Moreno le 16 juillet lors d’une « Nuit Tango ». En effet, Lyon est une place forte du tango. Dans la magnifique salle de l’Association « Tango de Soie » (rue René Leynaud) sur les pentes de la Croix-Rousse, 75 membres de l’association viennent danser régulièrement. La salle est tenue par Estaban Moreno qui est également chorégraphe. Le festival et le chorégraphe unissent leurs énergies autour de la création « No exit » conçue à partir de la musique de « ¡Sigamos! », l’album piano solo de Gustavo Beytelmann. Ce pianiste sexagénaire au talent fou a joué avec Astor Piazzola et aussi avec Gotan Project. Les répétitions ont déjà commencé. La soirée Tango ouvre avec le projet « Anda » du chanteur Daniel Melingo qui est lui aussi une figure familière de Fourvière.
En 2017, Fellag, avec ses mots qui caressent les blessures des siècles, est l’invité d’honneur du festival. Le festival parcourt son œuvre et invite les artistes avec lesquels il souhaite travailler. Fellag revient avec le spectacle « Bled Runner »les 24 et 25 juin. Entre théâtre et musique Fellag réunit le 30 juin à l’Odéon le comédien Jacques Bonnaffé et le musicien André Minvielle autour du texte « Un coing en hiver » pour le spectacle « Comme un poisson dans l’autre ». Fellag propose aussi « Chants des Marins Kabyles » le 27 juin à l’Odéon, une rencontre entre lui-même et un de ses amis musicien et dessinateur Hocine Boukella (leader de Cheick Sidi Bémol). Fellag croise les chansons des Marins Kabyles imaginaires chantés par Boukella avec des extraits des Contes du whisky de Jean Ray. Par ailleurs, le 01 et le 02 juillet, en partenariat avec le cinéma Comoedia, le festival présente les films que Fellag a choisis.
Le Cirque demeure au cœur du projet des Nuits de Fourvière et va vivre d’est en ouest dans Lyon et la métropole. En ouverture, un grand week-end le 1er juillet et le 02 juillet avec des manifestations gratuites de 14h à minuit Dès le 01 juillet, le Domaine de Lacroix-Laval se transforme à nouveau en guinguette estivale et en terre d’accueil pour les arts du cirque. Spectacles, bals, apéritifs musicaux, ateliers cirque, projections en plein air tout le mois durant. Sur le domaine sont réunis du 01 au 23 juillet le chapiteau de « L’homme cirque »et neuf australiens qui présentent « A Simple Space ». Avec aussi « Santa Madera » les 08 et 09 juillet. Le Parc de Parilly accueille « La dernière saison » du Cirque Plume de fin juin au 05 août. Mais il faut aussi compter avec « Machine de Cirque »une bande drôle et fantaisiste en grande forme et en grand format les 22 et 23 juin au Grand Théâtre.
Les Nuits de Fourvière affectionnent aussi le format des Nuits Thématiques qui permettent de mettre en valeur des traditions musicales et culturelles et de donner la parole à des générations différentes.
Très attaché à l’Italie, en 2017 le festival lui consacre deux nuits. Le 18 juillet la première « Nuit italienne » accueille Richard Galliano en quintet pour son répertoire consacrée à Nino Rota et le pianiste italien Stephano Bollani en piano solo. La deuxième « Nuit italienne » du 23 juillet présente Musica Nuda, le duo de Petra Magoni et Feruccio Spinetti déjà accueillis en 2016 par les Nuits lors d’un concert dans l’Auditorium du Musée des Confluences. La seconde partie de soirée revient à l’invité d’honneur des Nuits 2016, Vinicio Capossela pour le spectacle, « Ombra – chansons de la Cupa et autres effrois ». Le 14 juillet 2017, c’est la « Nuit Reggae & Calypso » avec Calypso Rose, Inna de Yard et Brain Damage qui fait partie de Jarring Effects de Lyon. La « Nuit Soul » du 22 juillet présente Michael Kiwanuka et voit le retour de Valerie June à l’occasion de son nouvel album. C’est le musicien et chercheur musicologue Raphaël Imbert qui organise la « Nuit du Blues ». Le 19 juillet il invite les musiciens qu’il a rencontrés sur la route du Mississippi, des vieux bluesmen mais aussi la merveilleuse chanteuse et violoncelliste Leyla McCalla en trio. Pour l’Eclat Final, le Grand Théâtre clôture avec une « Nuit Irlandaise ».
Le festival des Nuits de Fourvière cultive aussi les découvertes et entretient ses coups de cœur.
Ainsi cette année il donne carte blanche à Aurélien Bory qui vient du cirque, du théâtre et de la danse tout en possédant une formation d’ingénieur. Les 17 et 18 juin, au Radiant, il invente un « Plan B »avec les étudiants du CNAC et par ailleurs crée « L’Espace Furieux »avec les étudiants de l’Ensatt du 27 juin au 07 juillet au Théâtre Terzieff Ensatt.
Avec la complicité du Théâtre de la Renaissance, les Nuits de Fourvière offrent aussi une carte blanche à Lorrraine de Sagazan les 09 et 10 juin. L’artiste et metteur en scène propose deux spectacles « Démons » et « Maison de Poupée » présentés en diptyque avec repas servi à l’entracte. Les 22, 23 et 24 juin, ce même Théâtre de la Renaissance voit le retour du Collectif Mensuel qui avait enflammé la scène avec leur splendide « Blockbuster ». En 2017, la troupe propose « L’homme qui valait 35 milliards », une satire de l’histoire du magnat de l’acier Lakshmy Mittal. A suivre absolument. C’est encore au Théâtre de la Renaissance que Jérôme Margotton met en scène en 3 volets « Les contes du Piano-Caméra » le 17 juin avec goûter prévu pour les enfants.
En 2017 la Compagnie Marius poursuit son exploration du répertoire de Marcel Pagnol et revient pour la 4ème année avec « Le Schpountz »à l’Odéon les 17 et 18 juin. Les Nuits proposent aussi un super week-end en entrée libre à Saint-Just avec le vocalchimisteAndré Minvielle et son « Ti’Bal Tribal » le 01 juillet sur la place de Trion et « L’ABCD’erre de la vocalchmie » le 02 juillet à l’Odéon.
On note le retour de l’humoriste Laurent Gerra qui fête ses 50 ans sur la scène du Grand Théâtre les 11 et 12 juillet avec son nouveau spectacle « Sans modération ». Pour cela, on lui fait confiance ! Enfin on remarque avec intérêt la venue de la star française de l’année, la comédienne Isabelle Huppert qui vient le 03 juillet en solo au Grand Théâtre lire des textes de Sade « Juliette et Justine, Le vice et la Vertu ».
Bien sûr, Les Nuits de Fourvière, ce sont aussi les grandes têtes d’affiche proposés aux 4500 spectateurs que peut accueillir le Grand Théâtre. En 2017 le programme est encore une fois alléchant et il y en a pour tous les goûts.
Goran Bregovic présente « Trois lettres de Sarajavo » avec son « Orchestre des mariages et des enterrements » et l’ONL autour de 3 violonistes issus des trois religions monothéistes. C’est aussi le retour d’Arcade Fire (05 juin) et celui de Camille et de son imaginaire toujours renouvelé (20 juillet), de Benjamin Biolay (19 juin). Sont aussi programmés Paolo Conte (20 juin), Benjamin Clementine (29 juin), Norah Jones et son nouveau projet « Day Breaks » avec en ouverture Renaud Garcia-Fons et le répertoire de « La vie devant soi » (25 juillet), Les Insus (27 & 28 juillet), Imany et la brésilienne Céu (21 juillet), Yan Tiersen en solo (10 juillet), Michel Camilo & Tomatito précédés de la « Rosenberg Family » (13 juillet), le concert fleuve du 17 juillet avec Brian Wilson qui célèbre l’album des Beach Boys « Pet Sounds » sorti en 1966. Sans compter encore bien d’autres belles soirées de rock anglais ou de pop française comme Julien Doré (16 juin), Vianney (24 juillet)….
Les Nuits de Fourvière 2017… pour voir ce que l’on aime, découvrir ce que l’on ignore encore, explorer des horizons inconnus, flirter avec des univers cachés, se laisser surprendre, être bouleversé, rire, danser… tout simplement prendre plaisir et s’abreuver de culture et de divertissement.
Pour retrouver l’intégralité de l’édition 2017, il suffit de se connecter sur le site internet des Nuits de Fourvière. Ouverture des réservations le 27 mars à 14h (celles du Cirque Plume est déjà ouverte).
Le vendredi 12 octobre 2018 à 20h, l’Auditorium de Lyon accueille le saxophoniste Archie Shepp. Il est entouré de deux musiciens américains Darryl Hall et Steve McCraven et deux artistes français, Carl-Henri Morisset et Marion Rampal. Une affiche alléchante qui laisse espérer une belle soirée !
Le pianiste Omar Sosa revient avec la chanteuse/violoniste Yilian Canizares pour un opus dédié à l’eau. « Aguas », se situe aux confluences de leurs racines afro-cubaines, de la musique classique occidentale et du jazz. Une musique empreinte de poésie, de nostalgie et de spiritualité.
Sur son nouvel opus « The Window », la chanteuse Cecil McLorin Salvant propose un répertoire consacré aux chansons d’amour. Dans la grande tradition des duos voix/piano elle décline avec Sullivan Fortner les différents aspects ce sentiment. Un album d’une grande sobriété, habité de bout en bout par une musicalité peu commune.
La venue de Steve Coleman pour la seconde partie de la soirée du 23 mars 2017 constitue un évènement majeur. Le retour du saxophoniste alto avec son trio Reflex mobilise les amateurs de jazz de toutes générations. Le concert comble voire dépasse les attentes des spectateurs qui repartent convaincus que le jazz a un avenir.
Depuis quatre décennies Steve Coleman poursuit sa quête et refuse les étiquettes. Il est pourtant le cofondateur, au milieu des années 80, du mouvement M-BASE. Imprégné de philosophie il s’est aussi penché avec attention sur l’harmonie et les cycles rythmiques. Il a su intégrer le funk et le hip-hop à son vocabulaire musical et manifeste beaucoup d’intérêt pour les musiques et les cultures de Cuba, de l’Inde, du Ghana, de l’Égypte et plus récemment du Brésil.
Né en 1956, ce saxophoniste altiste est aujourd’hui considéré comme un de ceux qui a influencé la conception musicale des nombreux jazzmen venus après lui. Dans le même sens, il aime lui aussi faire référence aux anciens musiciens qui ont contribué à forger les bases de son univers. Charlie Parker, Sonny Stitt, Von Freeman mais aussi Sam Rivers, Thad Jones, Bunky Green sans oublier bien sûr Sonny Rollins et John Coltrane. Il dit avoir construit sa conception du jazz à partir de l’écoute de toutes ces figures légendaires du jazz et affirme que « le jazz est un continuum ».
C’est la troisième fois que Steve Coleman tourne en trio qu’il nomme d’ailleurs toujours « Reflex ». En 1993 il avait à ses côtés Reggie Washington et Gene Lake puis a retrouvé Marcus Gilmore et David Virelles en 2011. En 2017 il vient avec deux complices de longue date, ce qui facilite les interactions et la compréhension mutuelle. Il s’agit du bassiste Anthony Tidd et du batteur Sean Rickman.
Tel un architecte, Steve Coleman construit un set équilibré et solide. La musique prend forme, se transforme, se déforme, se bâtit au fur et à mesure des séquences qui se succèdent au gré de l’inspiration des musiciens et ils n’en manquent pas. Le concert se déroule dans la pénombre. Cette ambiance propice à la concentration participe sans doute du recueillement quasi mystique qui plane au-dessus du public. Très concentré, le saxophoniste semble ancré dans la musique comme un roc inaltérable autour duquel il élabore une musique instantanée qui comble d’aise les spectateurs unis dans une écoute attentive.
Le saxophoniste alto chante en continu sans effort au-dessus de la trame polyrythmique riche nourrie par un batteur hyper réactif et un bassiste très libre. Le leader décroche du micro et le discours du bassiste démarre poussé par le chant hors-micro de l’altiste et les mille nuances de la batterie. Quand Coleman revient, son souffle serein et inlassable émet des lignes réitératives auxquelles se mêlent des mélodies aiguës qui semblent venues d’un autre saxophone. Un double discours, comme un croisement de temporalité. La maîtrise technique absolue du musicien lui permet de libérer son discours de toute contrainte, de prendre tous les risques, de se dépasser et de créer dans l’instant une musique unique et toujours innovante.
Que cette musique porte le nom de jazz ou comme le dit Steve Coleman, « un tout cohérent avec l’univers », elle met d’accord les musiciens, les mélomanes, les néophytes et tous ceux qui écoutent avec attention et sans idées préconçues.
Après de sublimes moments où le calme règne sur scène, les musiciens convoquent une fusion assez étonnante entre saxophone et batterie. La trame se densifie et la tension monte d’un ton. Le saxophoniste sculpte la matière sonore. Un solo de batterie phénoménal relance les échanges entre le bassiste et le saxophoniste qui interrogent la musique et interagissent sans répit. Des geysers jaillissent du saxophone alors que le bassiste et le batteur segmentent le rythme. Steve Coleman fait même un clin d’oeil au be-bop et à Charlie Parker.
Après la lave, le saxophoniste souffle le zéphyr sur un tempo très lent qui permet à la basse de tracer une ligne mélodique et de faire résonner les harmoniques de son instrument avant que survienne un nouveau paroxysme et que le rythme s’accélère. En rappel le concert se termine par un cadeau inattendu… ‘Round Midnight, comme un salut du saxophoniste à Thelonious Monk, un des plus grands compositeurs du jazz.
Le grand ordonnateur Steve Coleman a distribué les cartes, les musiciens ont joué et gagné la partie avec brio. Du début à la fin du set, la mise en place est parfaite, la suite musicale se déroule avec une fluidité étonnante et bannit tout excès démonstratif. Le public est comblé et manifeste avec chaleur son admiration et son respect.
Maître incontestable de l’improvisation et de la composition spontanée Steve Coleman a comblé le public du festival A Vaulx Jazz. Il a offert un voyage musical construit à partir des fondations du jazz et de son inspiration intérieure. Il a démontré si tant est que cela soit encore à prouver, que cette musique possède un avenir. Il reste aux musiciens à l’investir, aux public à s’en saisir et aux producteurs et programmateurs à le mettre en valeur.
Le vendredi 12 octobre 2018 à 20h, l’Auditorium de Lyon accueille le saxophoniste Archie Shepp. Il est entouré de deux musiciens américains Darryl Hall et Steve McCraven et deux artistes français, Carl-Henri Morisset et Marion Rampal. Une affiche alléchante qui laisse espérer une belle soirée !
Le pianiste Omar Sosa revient avec la chanteuse/violoniste Yilian Canizares pour un opus dédié à l’eau. « Aguas », se situe aux confluences de leurs racines afro-cubaines, de la musique classique occidentale et du jazz. Une musique empreinte de poésie, de nostalgie et de spiritualité.
Sur son nouvel opus « The Window », la chanteuse Cecil McLorin Salvant propose un répertoire consacré aux chansons d’amour. Dans la grande tradition des duos voix/piano elle décline avec Sullivan Fortner les différents aspects ce sentiment. Un album d’une grande sobriété, habité de bout en bout par une musicalité peu commune.
Shabaka and the Ancestors ré-imaginent l’univers du jazz
La première partie de la soirée du 23 mars 2017 intitulée « Future Sax » accueille « Shabaka and the Ancestors », une des formations du saxophoniste ténor Shabaka Hutchings. Le groupe tient ses promesses et offre un jazz libre inspiré par l’Afrique de Sud. Le public enthousiaste cède à l’alchimie incandescente du jazz.
Le saxophoniste ténor londonien Shabaka Hutchings se prénomme du nom d’un pharaon égyptien nubien Neferkare Shabaka (-716 à -702) issu de la vingt-cinquième dynastie d’Egypte. Comme bien d’autres musiciens de jazz avant lui, le musicien se tourne vers l’Afrique pour abreuver son inspiration à la source de cette matrice primitive.
S’il est né à Birmingham, Shabaka Hutchings a été élevé à la Barbade avant de revenir en Angleterre. Impliqué dans de nombreux projets dont « Sons of Kemet », un brass-band punk qui rêve d’Éthiopie, mais aussi « The Comet is Coming » qui fait rimer Fela avec Zappa. Il est aussi est immergé dans la scène jazz d’Afrique du Sud depuis des années et joue avec le quartet de son mentor Louis Moholo-Moholo de Cape Town. Shabaka Hutchings cède aussi à la transe vaudou dans les Caraïbes avec Anthony Joseph mais il ne sera pas présent à ses côtés pour la dernière soirée du festival A Vaulx Jazz.
Le 23 mars 2017, Shabakah Hutchings se présente sur scène avec la plupart des musiciens de Joahanesbourgh (hormis le pianiste et le trompettiste) avec lesquels il a enregistré son récent album en leader, « Winsdom Of Elders ». A ses côtés, Mthunzi Mvubu au saxophone alto, Ariel Zomonsky à la contrebasse, Gontse Makhene aux percussions, Tumi Mogorosi à la batterie et le chanteur Siyabonga Mthembu.
Dès le début du set, la fascination gagne la salle lorsque s’élèvent la plainte exacerbée et les cris déchirants du chanteur qui, tel un prêtre, semble célébrer un culte auquel on est convié. Il est rejoint par le saxophone alto énergique puis par le ténor qui appelle à la transe. Les rythmiciens, contrebassiste, batteur et percussionniste, unissent leurs énergies et libèrent une force vitale qui engendre une tension redoutable. L’alliage de leurs rythmes conjoints déroule un tapis propice à l’expression des solistes. Vibrations incantatoires des cuivres, mélopée profonde du chanteur qui convoque même les oiseaux.
Les morceaux s’enchaînent entrecoupés de pauses bienvenues qui permettent aux musiciens d’opérer les changements de pulsation. Des moments de répit comme des prétextes pour mieux changer le rythme qui de tellurique devient obsédant ou quasiment enflammé par la contrebasse qui anime un pseudo cérémonial vaudou.
Pourtant rien de démonstratif ni de gratuit dans ce tapis rythmique. Il n’a qu’un objet, servir et favoriser l’expression des solistes. La prière du saxophone ténor, l’incantation de l’alto, la plainte de la voix. Ainsi les trois prêtres unissent leurs chants et le jazz advient en toute liberté.
Les ambiances évoluent et le paysage musicale se bouleverse. Des rengaines mélodieuses alternent avec des chants mélancoliques ou des ambiances évocatrices de paysages. La mise en place est parfaite.
De bout en bout du concert, Shabaka Hutchings manifeste une grande écoute vis à vis des autres musiciens dont il capte les ondes pour mieux leur renvoyer. Le discours du saxophoniste ténor est totalement maîtrisé. De son jeu se dégage un magnétisme quasi mystique qui abreuve une prière musicale nourrie de spiritualité et d’énergie. S’il se lamente avec lyrisme il sait aussi libérer avec spontanéité des fulgurances et des flots de notes mais sans exubérance. De l’épaisseur sonore surgit même parfois un chant aux allures de gospel ensauvagé.
Dans le verbe du saxophoniste on retrouve des échos rollinsiens mais aussi des familiarités avec le monde de Sun Ra et même des accents qui évoquent la chaleur d’un certain Gato. Le saxophone ténor apparaît comme l’extension du corps de l’artiste, uniquement le porte-voix qui lui permet de propulser son cri. On décèle chez l’altiste Mthunzi Mvubu des influences très coltraniennes même si bien sûr Trane demeure aussi au premier titre une influence majeure de Shabaka Hutchings.
Ce 23 mars 2017, le Jazz triomphe vraiment A Vaulx Jazz. La musique magnétique de « Shabaka and the Ancestors » engendre une fièvre pulsative propice à l’exaltation voire à la transe cathartique. Pourtant elle est porteuse d’une douce spiritualité et engendre une sorte de ressourcement qui transparaît sur les visages de tous les spectateurs présents. La terre mère a inspiré les musiciens qui invitent le jazz dans une nouvelle lumière porteuse d’avenir.
Le vendredi 12 octobre 2018 à 20h, l’Auditorium de Lyon accueille le saxophoniste Archie Shepp. Il est entouré de deux musiciens américains Darryl Hall et Steve McCraven et deux artistes français, Carl-Henri Morisset et Marion Rampal. Une affiche alléchante qui laisse espérer une belle soirée !
Le pianiste Omar Sosa revient avec la chanteuse/violoniste Yilian Canizares pour un opus dédié à l’eau. « Aguas », se situe aux confluences de leurs racines afro-cubaines, de la musique classique occidentale et du jazz. Une musique empreinte de poésie, de nostalgie et de spiritualité.
Sur son nouvel opus « The Window », la chanteuse Cecil McLorin Salvant propose un répertoire consacré aux chansons d’amour. Dans la grande tradition des duos voix/piano elle décline avec Sullivan Fortner les différents aspects ce sentiment. Un album d’une grande sobriété, habité de bout en bout par une musicalité peu commune.
Pour le second concert de « Soirée Jazz Front » du 22 mars 2017, le festival A Vaulx Jazz invite le contrebassiste Avishai Cohen et son « Jazz Free Quartet ». Nouveau projet. Nouveau quartet. Nouveau son. Très clairement le leader prend ses distances avec le jazz.
Il n’est plus besoin de présenter Avishai Cohen, contrebassiste, compositeur, arrangeur et chanteur devenu un artiste incontournable de la scène jazz internationale après un passage aux côtés de Danilo Perez puis chez Chick Corea durant cinq ans. Depuis 2005 le musicien poursuit sa quête musicale en recherche d’un son distinctif. Pour ce faire sa musique explore des territoires où les racines du jazz rencontrent les musiques classique, celles d’Europe de l’Est, d’Espagne, du Maghreb, du Moyen-Orient et aussi d’Israël, comme un retour aux sources. Même si elle se réfère à de nombreuses influences, l’identité musicale d’Avishai Cohen repose essentiellement sur le chant profond de sa contrebasse et ses lignes mélodiques émouvantes.
Alors qu’un album est attendu à l’automne 2017 chez Sony, Avishai Cohen tourne actuellement son tout nouveau projet « Jazz Free » qu’il présente en septet ou en quartet. C’est la version du « Jazz Free Quartet » que propose le festival A Vaulx Jazz à un public très mobilisé autour de cet artiste. Le concept du nouveau projet annonce une musique libérée du jazz.
Dès la présentation du groupe on comprend qu’il va moins s’agir de jazz instrumental que de chant sur un fond de groove mouvant. En effet, l’artiste l’annonce tout de go dès le début du set, pas un seul musicien de jazz dans le groupe… sauf peut-être lui, enfin on l’espère, si tant est qu’il soit possible de donner une définition formelle de ce qu’est vraiment un musicien de jazz.
Effectivement sur scène on constate la disparition du piano acoustique remplacé par des claviers. En effet, dans la version quartet du projet, Avishai Cohen dirige sa nouvelle formation entre Fender Rhodes, basse Fender, contrebasse, sans oublier les micros qui portent son chant. Certes le musicien est familier des claviers qu’il utilise pour écrire ses musiques mais sans doute escompte-t-il ainsi teinter son répertoire d’un son plus tendance.
Les musiciens du groupe viennent tous d’Israël. Itamar Doari, le percussionniste est membre régulier du trio d’Avishai Cohen. La violoncelliste Yael Shapira chante aussi et a joué avec le leader dans le cadre de son quatuor à cordes « Almah ». Elyasaf Bishari joue de l’oud, de la basse électrique et chante également.
Au Fender, Avishai Cohen débute le set par un chant traditionnel de shabbat puis enchaîne par deux titre de son ancien album « Aurora » (2009) dont le superbe Leolam puis Winter Song qu’il ouvre à la basse Fender. Puis le répertoire déroule des chansons qui regardent du côté de la pop sans omettre un blues écrit par le leader pour sa femme mais qu’il dédie à toutes les femmes présentes. Le substrat blues est plutôt light et les paroles quasi indigentes… doo doo doo.
Un chant yéménite ramène le répertoire du côté des musiques traditionnelles et les musiciens unissent leurs talents pour célébrer une musique empreinte de profondeur et de véracité. Un morceau quasi instrumental enflamme la scène et la contrebasse poussée par la percussion donne toute la mesure de sa profondeur.
De bout en bout du set on est impressionné par la prestation éblouissante du percussionniste Itamar Doari. Il assure une assise rythmique solide avec une simplicité et une efficacité remarquables. Les accompagnements du violoncelle sont par contre insuffisamment mis en valeur, comme noyés dans la masse sonore et l’on ne peut donc en savourer la finesse. Tous les musiciens unissent leurs voix au chant du leader qui prend un visible plaisir à l’exercice vocal.
D’ailleurs Avishai Cohen interprète seul au chant et à l’archet sur sa contrebasse le gospellisant Sometimes I Feel Like a Motherless Child. Le charisme et le talent naturel de l’artiste suffisent pour que l’émotion surgisse enfin sur scène, même si l’on a entendu Avishai Cohen en d’autres temps interpréter des titres avec plus de déchirement. il est vrai que le musicien a essuyé quelques contrariétés avec le son et la pédale de son Fender Rhodes qu’il a du coup abandonné.
En fait, tout repose sur la partie vocale répartie entre l’ensemble des artistes et sur un fond rythmique qui doit porter la musique et faire vibrer le public, le faire bouger. D’ailleurs le message des musiciens est explicite. A plusieurs reprises ils invitent la salle à taper dans les mains en rythme et pour finir, sur un rythme aux influences latines Avishai Cohen sollicite le public à venir danser sur le devant de la scène qui se remplit très vite.
Après ce set, on se questionne pourtant sur le rôle de l’artiste dont on peut attendre, comme le disait Jean Vilar, qu’il ait « …le courage et l’abnégation de présenter au spectateur ce qu’il ne sait pas qu’il désire ». Visiblement une partie de la salle a eu ses désirs satisfaits. Une autre partie du public regrette la distance prise par les artistes avec les fondamentaux du jazz au profit d’une musique compactée et formatée au goût du jour… pour plaire et remplir les salles, mais n’est-ce pas là un des objectifs des producteurs, tourneurs, artistes et organisateurs ?
Le vendredi 12 octobre 2018 à 20h, l’Auditorium de Lyon accueille le saxophoniste Archie Shepp. Il est entouré de deux musiciens américains Darryl Hall et Steve McCraven et deux artistes français, Carl-Henri Morisset et Marion Rampal. Une affiche alléchante qui laisse espérer une belle soirée !
Le pianiste Omar Sosa revient avec la chanteuse/violoniste Yilian Canizares pour un opus dédié à l’eau. « Aguas », se situe aux confluences de leurs racines afro-cubaines, de la musique classique occidentale et du jazz. Une musique empreinte de poésie, de nostalgie et de spiritualité.
Sur son nouvel opus « The Window », la chanteuse Cecil McLorin Salvant propose un répertoire consacré aux chansons d’amour. Dans la grande tradition des duos voix/piano elle décline avec Sullivan Fortner les différents aspects ce sentiment. Un album d’une grande sobriété, habité de bout en bout par une musicalité peu commune.