Le compositeur et saxophoniste Christophe Monniot présente « Six Migrant Pieces » (Le Triton/L’Autre Distribution). Chaque membre du septet a une histoire vis à vis de la migration. L’album vibre d’énergie et de sensibilité. La musique résonne comme une ode musicale à l’humanité et à la bienveillance. Mieux qu’un manifeste politique, le propos du disque invite à l’accueil et à l’acceptation de l’autre avec ses différences. Un opus engagé en prise réelle avec l’actualité.
Autour de Chet et Erik Truffaz Jazz à Vienne
Des larmes de pluie pour Chet Baker
Le 29 juin, « Jazz à Vienne » honore la trompette. D’abord hommage à Chet Baker avec le projet « Autour de Chet ». Puis quartet d’Erik Truffaz avec Oxmo Puccino. En invités trouble-fêtes, pluie et coupure d’électricité.
L’album « Autour de Chet » (Decca/Universal) chroniqué en avril dans ce blog a réuni voix et trompettes d’aujourd’hui pour un hommage au trompettiste et chanteur Chet Baker. Un opus plutôt sensible et réussi dont les plages soignées donnent à entendre les grands standards que jouait Chet Baker interprétés par des musiciens d’aujourd’hui.
La tentative était légitime de transposer le projet en version scénique. La chose paraissait osée et difficile. L’effort est louable mais le résultat mitigé… il est vrai que la demi-teinte sied à un hommage.
La présence de Riccardo Del Fra en maître de cérémonie a contextualisé le projet. Le contrebassiste qui a accompagné Chet Baker durant des années a esquissé avec délicatesse les traits marquants du trompettiste chanteur. Riccardo Del Fra et Stéphane Belmondo à la trompette ouvrent le set avec un très sobre I’m a fool to want you. Le ballet des voix et trompettes
a ensuite commencé avec pratiquement la totalité des participants de l’album. Camelia Jordana, Yael Naim, Sandra Nkaké, Jose James, Piers Faccini et Hugh Coltman pour les voix, Airelle Besson, Stéphane Belmondo, Luca Aquino et Erik Truffaz pour les trompettes.
Chaque intervenant a apporté sa touche à l’hommage avec plus ou moins d’inspiration. Sur scène, à la différence d’un enregistrement en studio, pas possible de refaire une prise, pas de mixage pour magnifier une voix ou un instrument et atténuer la rythmique. L’écrin orchestral a quelquefois manqué de nuance du côté de la rythmique un peu trop appuyée. Quelques duos ont marqué le set.
Fêlure et émotion sur The thrill is gone avec la voix voilée de Camélia Jordana et la trompette d’Erik Truffaz. Sensibilité feutrée du duo Camélia Jordana – Luca Aquino. Ambiance blues pour Born to be blue interprété par Hugh Coltman et Erik Truffaz. Option crooner-soul du duo Jose James – Erik Truffaz. Spiritualité impressionniste de Taste of Honey avec la voix de Piers Faccini et le buggle de Luca Aquino. La voix grave et chaude de Sandra Nkake sied à l’univers de la musique de Chet Baker.
Malgré les larmes de pluie qui ruissellent, les spectateurs sont restés attentifs à cet hommage rendu à Chet Baker.
Après ses interventions fort appréciées durant la partie « Autour de Chet », Erik Truffaz prend la main pour une seconde partie de soirée où il présente le répertoire de son album « Doni Doni » en quartet. Musique musclée, haute en couleur, en rythme et en électricité. La pluie est encore de la partie et les éclairs rodent autour de la scène. Une coupure pourtant très brève de l’électricité contrarie visiblement le trompettiste.
L’ambiance du set s’adoucit avec la venue d’Oxmo Puccino. Un peu de poésie est bienvenue et adoucit l’énergie furieuse de la musique d’Erik Truffaz.
Christophe Monniot présente « Six Migrant Pieces »
Kenny Barron revient avec « Beyond this Place »
Pianiste et compositeur récompensé neuf fois aux Grammy Awards, Kenny Barron a collaboré avec les plus grands noms du jazz. Au sommet de son art, revient à la tête d’un quintet multigénérationnel avec « Beyond this Place » (Artwork Records/Pias). Neuf plages où swing et délicatesse se croisent avec bonheur. Un opus raffiné, irisé de grâce et d’élégance.
Saison 2024/25 – Auditorium-Orchestre National de Lyon
En 2025, l’Auditorium de Lyon a 50 ans et pour fêter cet anniversaire, l’institution annonce une programmation 2024/2025 alléchante, avec pas moins de 170 concerts. Du côté du Jazz et des Musiques actuelles se profilent d’intenses moments musicaux avec Bernard Lavilliers, Thibault Cauvin & -M-, Crosscurrents Trio, Souad Massi, Dominique A, Bethmann/Legnini/Trotignon/Bojan Z, Brad Mehldau, Samara Joy, Anouar Brahem Quartet. De quoi réjouir le public !

Les thèmes écrits irriguent la pensée des musiciens. S’ensuit un développement de la mélodie qui se développe rebondit, s’amplifie et se cabre. Des échanges naissent entre les instrumentistes qui alimentent une musique instantanée. Les improvisations surgissent. Une ligne musicale émerge du saxophone. A ses côtés, des harmonies et des contrastes naissent sous les doigts ou l’archet de la contrebasse. La batterie soutient l’expression des deux instrumentistes déjà immergés dans l’échange. Baguettes, balais, mailloches ou doigts suivent et stimulent, coupent et relancent, sous-tendent et attendent les lignes musicales des solistes.
Benoit Keller utilise toutes les possibilités de la contrebasse. Chant majestueux à l’archet, graves somptueux, son rond et chaleureux. Fin rythmicien et batteur des nuances, François Merville porte une attention extrême au jeu de ses compagnons avec lesquels il interagit de manière instantanée. Il met son talent de percussionniste au service des expressions délicates des solistes.
Les morceaux se suivent et ne se ressemblent pas. De La grande boucle, celle de la vie, à La petite boucle, celle du quotidien, les musiciens jouent La pression du presseur. La vie de la vie en quelque sorte. Même la mécanique quantique s’invite au programme avec Le principe d’incertitude. On n’ose pas faire un raccourci et conclure q’un lien existe entre le Jazz et la Physique mais pourquoi pas ?
Durant trois jours au Péristyle, le guitariste et percussionniste Stracho Temelkovski a réuni autour de lui l’accordéoniste Jean-François Baez et le clarinettiste Jean-Pierre Sarzier. Les compositions sont en grande partie celle du leader mais on retrouve aussi des morceaux d’ Antonio Placer Les trois musiciens affectionnent et maîtrisent les rythmes impairs dont ils déjouent tous les pièges. Sur les six morceaux d’un set, un seul titre n’utilise pas ces rythmiques. Pas simple de battre la mesure sur un tango à 9 temps ! … et pourtant pour eux cela tient de la promenade de santé.
des improvisations qui réservent de belles surprises. Si la mise en place est rigoureuse, les ambiances changent au sein de chaque morceau les. Jean-Pierre Sarzier sait se monter lyrique sur la clarinette basse sans trop d’étalage technique. Jean-François Baez assure une rythmique implacable et harmonise de belle manière durant les chorus de ses compagnons. Ses improvisations témoignent toujours de son attachement à la mélodie.
jongle entre viola, mandole, basse électro-acoustique et diverses percussions auxquelles il ajoute sa voix. Totalement immergé dans sa musique, il entraîne le public dans son monde. Un univers captivant et quelquefois envoûtant. Une musique en mouvement qui se promène dans des atmosphères variées. Sans reprendre aucun morceau traditionnel de la Macédoine où sont ses origines, ce musicien autodidacte restitue les atmosphères de ce pays et les mêle aux autres univers musicaux qu’il a croisés, jazz oriental, musique orientale, rock, musique de l’Inde et musiques urbaines. Le miel de la vie témoigne tout à fait de ce qu’il nomme la « musique de l’âme ».
Dans un Grand Théâtre qui affiche complet, les musiciens s’installent. Section de cordes dirigée par Nicolas Guiraud. Section rythmique argentine avec Minino Garay aux percussions, Fernando Samalea à la batterie. Bandonéon et charango. La soprano Valérie Gabail et le ténor Jérémy Dufau. Benjamin Biolay entre en scène tout de noir vêtu, jean, polo à manches courtes, gilet de costume.
D’emblée les protagonistes de la pièce, Sandrine Bergot, Quentin Halloy, Baptiste Isaia, Philippe Lecrenier et Renaud Riga instaurent une relation dynamique avec le public. Pour personnaliser le spectacle, ils se proposent d’enregistrer des boucles qu’ils intégreront dans la bande-son. Des « applaudissements enthousiastes » et des « slogans classiques scandés lors des manifs » sont repris avec conviction par un public pas forcément habitué aux défilés contestataires, bien que… entre les anciens soixante-huitards et les actuels contestataires la plupart ont bien dû crier le fameux « tous ensemble, tous ensemble….ouais ! »