Pour la troisième soirée du Festival Jazz Campus en Clunisois 2024 le public retrouve le chemin du Théâtre les Arts. Au programme, le projet Hirsute proposé par la pianiste et compositrice et cheffe d’orchestre Anne Quillier. Un moment intense et libre. Véritable concentré d’énergie, la musique acoustique à l’écriture ébouriffée génère un univers farouche.
John McLaughlin & The 4th Dimension Jazz à Vienne
John McLaughlin, sourire et Jazz fusion enfiévré
Le 07 juillet, John McLaughling et son groupe 4th Dimension succèdent au trio Scofield-Mehldau-Guiliana. Ils offrent un jazz fusion renouvelé. Le Théâtre Antique de Vienne a vibré de bonheur aux accents d’une musique électrique nourrie de toutes les influences du guitariste.
La carrière de John McLaughlin est longue et ses influences multiples. Il n’a eu cesse de renouveler sa musique au fil des rencontres qui ont
émaillé sa vie. Celui qui fut un des guitaristes de Miles Davis a aussi collaboré avec le The Mahavishnu Orchestra. L’Inde et ses musiques peuplent la période de Shakti avec Zakir Hussain. Trilok Gurtu a aussi fait partie de ses rencontres. Sa route a par ailleurs croisé celles de grands guitaristes avec lesquels il a partagé les scènes, Paco de Lucia, Larry Corryell puis Al Di Meola. Plus récemment on l’a retrouvé dans Remember Shakti. Depuis 2013 c’est avec 4th Dimension qu’il tourne.
Avec ce groupe on retrouve à ses côtés le bassiste camerounais toujours ganté de noir
Etienne Mbappe, le batteur indien, Ranjit Barot et le claviériste et batteur britannique Garry Husband. Et pourtant point de Brexit sur scène. La philosophie du groupe penche plutôt du côté de la collaboration proximale, une sorte de communion musicale perceptible par le public.
Les moments d’échange sont en effet nombreux sur scène entre McLaughlin et ses compagnons. Regards complices du guitariste lors des thèmes exposés à l’unisson avec le claviériste Garry Husband. Joutes enfiévrées avec Etienne Mbappe. McLaughlin se rapproche du bassiste pour des confrontations productives et enfiévrées. Guitariste et bassiste côte à côte prennent aussi plaisir à relancer les chorus de batterie de Ranjit Barot. Ce dernier ponctue ses solos d’onomatopées auquel le public de McLaughlin est habitué depuis l’époque Shakti. Le claviériste reprend même la gestuelle habituelle des joueurs de tablas pour marquer les 5 temps que ponctuent le batteur.
Garry Husband rejoint à plusieurs reprises la seconde batterie dressée à proximité du batteur en titre avec lequel il dialogue et enflamme l’atmosphère.
Certes les décibels et l’électricité sont au rendez-vous mais le son de la guitare synthé de John McLaughlin est net et ses déferlantes de notes surfent sur la vague rythmique implacable qu’impulsent les rythmiciens. Le guitariste joue avec générosité et met sa virtuosité au service d’un discours empreint de nuances et de sensibilité. Avec El Hombre que Sabià (l’homme qui sait) John McLaughlin offre un vibrant hommage au guitariste disparu Paco de Lucia avec lequel il avait prévu d’enregistrer un disque en 2014. Des envolées lyriques aux accents teintés de flamenco alimentent alors son dialogue avec Garry Husband. Il dédie le titre Kiki à un batteur ami. S’ensuit un combat de titan où Garry Husband rejoint Ranjit Barot. Les titres se suivent. Ceux du dernier album « Black Light » mais pas que. Soutenu par les riffs enfiévrés du bassiste, McLaughlin génère un jazz rock enfiévré sur les rythmes rapides et des nappes planantes quand le tempo ralentit. Le public vibre et ovationne la prestation.
Si la musique de John McLaughlin & 4th Dimension évoque pour les plus anciens des réminiscences des jazz des années 70 et 80, elle a vraiment su se renouveler. Elle fusionne les multiples influences que le guitariste a intégrées. Électrique et joyeuse, rythmique et stratosphérique elle aussi stimulante et généreuse. Le sourire du guitariste ne gâte rien à l’affaire !
Jazz Campus en Clunisois 2024 – Hirsute
Jazz Campus en Clunisois 2024 – François Couturier solo
Au-delà des conventions La deuxième soirée du Festival Jazz Campus en Clunisois 2024 investit de nouveau la scène du Farinier de l’Abbaye. Au programme, un concert solo de François Couturier. Le public se mobilise pour écouter cet artiste dont l’art croise...
Jazz Campus en Clunisois 2024 – Black is the colour
Pour le premier concert de son édition 2024, le Festival Jazz Campus en Clunisois 2024 donne rendez-vous au public le samedi 17 août 2024 au Farinier de l’Abbaye à 20h30. La chanteuse Laura Tedja, le pianiste François Raulin et le contrebassiste Pascal Berne proposent le projet « Black is the colour ». L’auditoire attentif vibrera de bout en bout à l’écoute du trio. La musique poétique balance entre douceur et puissance, entre introspection et véhémence.
Pour le plus grand plaisir du public, Pierre de Bethmann retrouve le clavier du piano après avoir assumé la position de président du jury durant les 3 jours du Tremplin RéZZo Focal Jazz à Vienne. Parallèlement à son projet Illium qui n’a cessé d’évoluer et à toutes ses activités de sideman, ce pianiste de renom renoue avec la tradition du trio qu’il avait déjà exploré avec Prysm de 1994 à 2001. Depuis 2012 avec Sylvain Romano et Tony Rabeson, Pierre de Bethmann explore en trio acoustique les standards du jazz auxquels il insuffle sérénité et swing. L’album « Essais/Volume 1 » sorti en 2015 témoigne de leur art musical.
nent dans une osmose parfaite. Les regards se croisent, les sourires fusent. La musique du trio respire. Avec discrétion, le batteur Tony Rabeson assure une pulsation sereine mais ferme. Avec précision et souplesse, le contrebassiste Sylvain Romano incarne une sorte de force tranquille. Au piano, Pierre de Bethmann développe son art avec brio. Sensibilité, harmonisation impressionniste et sens de la mélodie.
Incontestable héritier de Django Rheinhardt, Angelo Debarre assure la première partie de soirée avec son Gipsy Unity où il trouve sa pleine expression. Du jazz manouche au swing entraînant. Le guitariste en grande forme est toujours aussi prodigieux sur les cadences vives où il déploie sa technique impressionnante. Transparaît alors une autre de ses influences majeures, celle de Charlie Parker et du be-bop. Il pousse la tension au maximum lors de ses descentes ou montées d’accords diminués dans le pur style de Charlie Christian. Sur les ballades il sait aussi faire chanter les cordes de sa guitare dont il tire des accents langoureux.
Aux côtés d’Angelo Debarre on retrouve de nouveau le violoniste Marius Apostol. Tous deux étaient déjà présents sur la scène de Vienne en 2003, appelés par Biréli Lagrène lors de la grande réunion manouche animée par le « Gypsy Project & Friends ». L’expression du violoniste explore le registre de la virtuosité avec lyrisme et sensibilité. Stéphane Grapelli a un héritier de plus avec Marius Apostol. Le groupe présente une section rythmique manouche à la rigueur implacable. La pompe est assurée par un duo de guitaristes émérites et très réactifs aux interventions des solistes, Tchavolo Hassan et le fils du leader, Ranggy Debarre. La contrebasse est tenue par William Brunnard dont les chorus véloces sont impressionnants de précision et de justesse.
La seconde partie de soirée restitue sur la scène de Jazz à Vienne, le projet présenté en 2015 au Festival Django Rheinhardt de Samois-sur-Seine. par The Amazing Keystone Big Band avec des invités prestigieux. Le guitariste Stochelo Rosenberg héritier en droite ligne de Django. L’accordéoniste surdoué Marian Badoï. Le fougueux saxophoniste américain James Carter. Le big band propose une partie de l’œuvre de Django Reinhardt sous l’angle du grand orchestre de jazz. Les orchestrations et arrangements originaux de l’Amazing Keystone Big Band sont écrits par Bastien Ballaz (trombone), Jon Boutellier (saxophone), Frédéric Nardin (piano) et David Enhco (trompette).
les orchestrations un peu trop appuyées écrasent quelque peu l’expression du guitariste qui ne peut s’exprimer avec plénitude. Après un Belleville rutilant, place à Marian Badoï, le deuxième invité. La valse Indifférence de Tony Murena permet à l’âme tzigane du soliste de s’exprimer sur un accordéon piano Weltmeister.
lace à une sonorité plus épaisse.
proposant le répertoire de son album « Shadows - Songs of Nat King Cole », Hugh Coltman » rend hommage à sa mère (qui écoutait Cole) et à la figure tutélaire du pianiste chanteur à la voix de miel, Nat King Cole. Hugh Coltman fait une relecture très personnelle des titres qu’il a choisis d’interpréter. Il met en évidence les ombres cachées derrière le sourire perpétuel affiché par le grand crooner qui vivait pourtant les affres de la ségrégation raciale à une époque où il n’était pas simple d’être non seulement un artiste à la peau noire mais surtout un artiste qui réussissait.
une atmosphère musicale qu’il veut discordante. Il crée une sorte de « malaise harmonique » fort réussi. Des ambiances dignes des musiques de Twin Peaks, des climats enfumés et torturés à la Tom Waits. Cette tension est particulièrement perceptible entre la voix quasiment en apesanteur de Hugh Coltman et les interventions torturées du guitariste Thomas Naim qui subliment Nature Boy.
L’émotion du chant de Hugh Coltman est perceptible dans Mona Lisa dont le chanteur donne une version absolument sublime. Très en retenu et presque pudique au début du set, le chanteur laisse cours à sa spontanéité au fur et à mesure de l’avancée de son répertoire. Sans surjouer la posture de dandy anglais sous-tendue par sa tenue, Hugh Coltman incarne le versant bluesman qu’il est vraiment et fait le show. Il arpente la scène et va chercher le son le plus juste… la tête dans le piano. Sensible et très juste, le chant gagne en épaisseur et la musique groove. Il a gagné la ferveur du public qui l’ovationne avec chaleur.
Zéno Bianu n’en est pas à son essai et sa connaissance éclairée du jazz l’a conduit à écrire des textes poétiques sur Chet Baker, Coltrane, Dylan, Elvin Jones et Jimmy Hendrix. Dans un billet précédent, on a écrit combien, 


