« ¡Caramba! », le nouvel album du Big Band « Bigre ! »

« ¡Caramba! », le nouvel album du Big Band « Bigre ! »

« ¡Caramba! », ça sonne bigrement cubain !

Le Big Band « Bigre ! » annonce la sortie prochaine de « ¡Caramba ! ». Du mambo à la rumba, du boléro à la timba, du son au reggaeton, l’album est une véritable invitation à la danse. Un aller-retour pas comme les autres entre Paris et La Havane.

Le Big Band « Bigre ! » sort un sixième album, « ¡Caramba ! »(Grolektif Productions/L’Autre Distribution) dont la sortie est annoncée pour le 31 mars 2017. Après s’être frotté à l’afrobeat de Lagos et à l’éthio-jazz d’Addis Abbeba, après avoir accordé les mélopées balkaniques aux polyrythmies contemporaines, après avoir enjazzé la dub et le RnB, « Bigre ! » persiste et signe dans ses pérégrinations rythmiques métissées en réunissant aujourd’hui sous une même bannière la riche culture musicale cubaine et le verbe ciselé de la grande chanson française.

Présenter « Bigre ! » c’est plutôt simple. En 2007 son créateur, le trompettiste Félicien Bouchot réunit quelques acolytes du collectif « le Grolektif ». Depuis il en est l’âme, le directeur musical et l’arrangeur. Dix ans après « Bigre ! » a cinq enregistrements à son tableau, « Big Up! » (2008), « Tohu-Bohu » (2010), « Shining Bright Today » avec N »Relax (2010), « Les icebergs aussi… » (2013), « To Bigre or not To Bigre » (2014) et le sixième à venir le 31 mars 2017.

Pour « ¡Caramba ! » le Big Band Bigre ! » réunit 21 musiciens. Une section de saxophones avec Pierre Desassis et Julien Chignier (alto), Romain Cuoq et Thibaut Fontana (ténor) et Fred Gardette (baryton). Une section de trompettes/bugles avec Vincent Labarre, Aurélien Joly, Yacha Berdah, Rémi Gaudillat et Félicien Bouchot. Une section  de trombones/conques avec Sébastien  Chetail, Loïc  Bachevillier, Jean Crozat et Sylvain Thomas. Riad Klaï à la guitare, Jérémy Garcia aux claviers, Nicolas Frache à la basse, Jean Joly à la batterie et aux percussions, Jonathan  Volson, Grégory  D’addario et Jorge Mario Vargas… sans oublier deux invités de marque, Célia Kameni au chant sur la moitié du répertoire et Kevin Louis qui intervient au chant et au bugle sur un titre.

Avec « ¡Caramba ! », les bougres de « Bigre ! » frappent un grand coup. Le big band conjugue sa propre identité à celle des musiques cubaines. L’orchestre fait preuve d’une souplesse et d’un savoir-faire qui laisse admiratif et déclenche l’enthousiasme, l’envie de bouger et de suivre le tempo. Les arrangements, les rythmes, les sonorités évoquent la brillance des grands orchestres cubains. C’est à tomber raide de plaisir.

En fait, Félicien Bouchot est parti à La Havane. Cette immersion dans l’atmosphère musicale de Cuba résonne dans son esprit avec la musique de son Big Band « Bigre ! ». Un second voyage à Cuba et germe en lui l’idée de remettre au goût du jour le son du big band cubain devenu plutôt rare après l’age d’or des années 50 et l’orchestre de Tito Puente.

De la musique cubaine à la danse, quand les percussionnistes mènent le bal, le pas est vite franchi par les danseurs et danseuses. Ils se frôlent, se déhanchent et la danse devient séduction. Tout s’enchaîne dans l’esprit du leader. Après la séduction… quelquefois survient l’amour et lui vient alors l’idée de conter une histoire d’amour au rythme des musiques cubaines. Pour le chant il pense à Célia Kameni avec qui « Bigre ! » a déjà travaillé sur le disque précédent et il l’invite sur la moitié du répertoire.

Ensemble, ils sélectionnent des textes et se penchent d’abord sur les grandes chansons françaises dont ils retiennent quatre titres très connus. Ils ciblent le titre Mea Culpa (textes de Michel RivGauche/musique Hubert Giraud) chanté par Edith Piaf, La Chanson des Vieux Amants (texte de Jacques Brel/musique de Brel et Gérard Jouannest) et Gueule d’amour de Barbara (texte et musique). Félicien Bouchot réussit le défi de transformer ces musiques et de concevoir des arrangements orchestraux qui transfigurent les rythmes originaux en des musiques latino-cubaines aux rythmes endiablés. Le climat dramatique ou romantique des versions d’origine s’estompe au profit des cuivres dont les couleurs flamboient sur une rythmique étincelante qui groove de belle manière. On écoute avec intérêt la version de la chanson Quelle histoire (paroles de Jeanne Moreau/musique d’Antoine Duhamel) où Célia Kameni mène la revue et fait le show.

Outre ces grands classiques de la chanson française, on peut écouter deux thèmes interprétés en Anglais. Eternalee composé (paroles et musique) et interprété par le chanteur et bugliste Kevin Louis. So Called Love composé (paroles et musique) par Célia Kameni. Sans oublier le dernier titre de l’album qui reprend des motifs de « Miami Beach Rumba » (de J. A. Camacho, I. Fields et A. Gamse) les réveillent et les transforment en un Voyage à Cuba auxquelles des paroles simplistes et la voix légèrement acidulée de la chanteuse apportent une fraîcheur et clin d’oeil d’humour que le big band ne perd jamais.

Les sept morceaux instrumentaux permettent de centrer l’écoute sur la richesse et la complexité des rythmiques et des orchestrations, toutes plus étincelantes les unes que les autres. « ¡Caramba ! », le big band a réussi un véritable tour de force et sonne vraiment cubain en diable. On aime aussi le clin d’oeil de l’orchestre à son passé musical qui ressurgit dans Mambo 1 où la musique de Cuba embrasse celle de l’Ethiopie.

« ¡Caramba ! » résonne des rythmes latins, rumba, charaga, timba, son, bolero, cha cha, bata les plus variés. Le big band Bigre ! en a capté l’essence-même. Avec un soin inouï et dans le plus pur esprit des années 50, les musiciens exécutent des orchestrations aux textures chatoyantes et cuivrées. Les rythmiques complexes assurées avec précision restituent l’éclat des musiques cubaines dont elles respectent les codes.  Décidément, « Bigre ! » mérite vraiment son point d’exclamation.

Le batteur Thomas Delor présente « The Swaggerer »

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Le trio Mezquida-Bodilsen-Andersen sort « Pieris »

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Retour de la pianiste et chanteuse Eliane Elias avec « Dance of Time »

Retour de la pianiste et chanteuse Eliane Elias avec « Dance of Time »

Une déclaration d’amour à la samba

Deux ans après l’album « Made in Brazil », 2017 voit le retour d’Eliane Elias avec « Dance of Time », un album comme une déclaration d’amour à la samba dont la pianiste-chanteuse célèbre les 100 ans. L’artiste rend hommage aux personnes qui l’ont accompagnée à ses débuts, tant au Brésil qu’aux Etats-Unis.

Durant toute sa carrière Eliane Elias, native de São Paulo a navigué entre jazz et Brésil, deux musiques dans lesquelles elle est parvenue à s’imposer avec autant de talent et de succès.

Du côté du Brésil, la bossa nova a longtemps eu sa préférence avec plusieurs albums consacrés à ce style, « Eliane Elias Plays Jobim » en 1990, « Fantasia » en 1992, « Paulistana » en 1993, « Eliane Elias sings Jobim » en 1998; « Bossa Nova Stories » en 2009 et bien sûr, l’album enregistré au Brésil, « Made in Brazil » en 2015 qui est un hommage vibrant à trois générations de compositeurs brésiliens et a emporté le Grammy du « Meilleur album de Latin Jazz ».

Pourtant en 2016, Eliane Elias revient au Brésil pour enregistrer cette fois « Dance of Time » (Concord/Universal) dont la sortie est annoncée pour le 24 mars 2017. Dans son pays natal on fête alors le centenaire de Pelo Telefone, la première samba jamais enregistrée et la pianiste-chanteuse entreprend de graver un album à cette occasion afin de célébrer ce style musical.

Pour Eliane Elias, « la samba est à la fois la plus authentique et la plus irrésistible des musiques brésiliennes. On peut difficilement imaginer meilleur endroit au monde que le Brésil pour tenter de capturer l’essence de cette musique. Il fallait impérativement que je me trouve là-bas pour pouvoir enregistrer « Dance of Time. »

« Dance of Time » consacre donc principalement son répertoire à la samba et plus précisément à cette forme de samba qui entretient une filiation étroite avec le choro, cette danse populaire très ancienne et improvisée jouée à l’origine sur l’alaúde, sorte de luth portugais aux origines orientales, une samba qui se dansait en cercle, les rodas (les rondes), un style qui est un métissage entre les musiques européennes du Portugal et de l’Espagne et celle de l’Afrique.

L’album « Dance of Time » ouvre avec O Pato, le célèbre thème de J.Silvia et N.Teixeira où Eliane Elias expose avec brio tout son art. Le swing sans pareil de son piano et sa chaude voix sensuelle qui n’a vraiment rien de celle du canard évoqué dans la chanson. Eliane Elias sait vraiment caresser les syllabes et les faire vibrer au rythme de la samba. En amont de la sortie de l’album, on écoute un très court extrait d’O Pato.

Pour authentifier le climat samba du disque, la pianiste-chanteuse invite aussi deux personnalités marquantes du Brésil. D’une part João Bosco dont elle apprécie l’authenticité. Le guitariste et chanteur sait faire swinguer la musique comme on peut d’ailleurs se rendre compte en écoutant Coisa de Feita dont le groove constitue un moment phare de l’album. D’autre part, avec Toquinho, Eliane Elias interprète Sambou Sambou et Samba de Orly, dont les versions magnifient ces deux sambas portant déjà si souvent écoutées.

Sur ce nouvel opus, Eliane Elias zoome aussi sur des périodes marquantes de sa vie, comme si elle passait sa carrière en revue, d’hier à aujourd’hui, du Brésil aux Etats-Unis. Elle est accompagnée par des invités aussi prestigieux que le pianiste Amilton Godoy, les guitaristes et chanteurs João Bosco et Toquinho, le trompettiste Randy Brecker, le vibraphoniste Mike Mainieri et aussi Mark Kibble. Ces artistes ont compté pour elle, ils ont marqué des étapes clefs de sa carrière de pianiste-chanteuse et de fait, d’autres musiques flirtent avec la samba sur « Dance of Time ».

C’est à l’âge de 7 ans qu’Eliane Elias commence l’apprentissage du piano à São Paulo. Après 6 ans de travail, elle continue à 13 ans l’étude technique classique du piano avec un certain professeur, Amilton Godoy dont elle dit qu’il l’a aidée à développer son style. Il est invité sur « Dance of Time ».

Pour rappel, adolescente, Eliane Elias a entamé une carrière de musicienne professionnelle et, au début des années 80, sur les conseils du bassiste Eddie Gomez, elle gagne New-York pour étudier à la Juilliard School of Music. Elle se confronte ensuite aux musiciens de la cité et rejoint le groupe « Steps Ahead »  aux côtés de Michael Brecker, Peter Erskine, Eddie Gomez et Mike Manieri. En 1983, elle enregistre un album avec le groupe. Sur « Dance of Time », Eliane Elias invite le vibraphoniste Mike Manieri qui prête sa magnifique sonorité et son talent sur deux titres de l’album. Une composition originale de la pianiste, Little Paradise et A habit for me une bossa nova qui parle d’amour et que Frank Sinatra a chantée.

Peu après avoir quitté « Steps Ahead », Elias Elias commence une collaboration avec le trompettiste Randy Brecker qu’elle épouse ensuite. Leur album duo, sorti en 1985, porte le nom de leur fille Amanda. Randy Brecker revient jouer avec Eliane Elias sur le titre Speek Low auquel il apporte une connotation jazzy avec un chorus tout à fait inspiré même si on peut regretter l’ambiance globale du morceau qui sonne un peu pop-funk.

On écoute Eliane Elias présenter mieux que personne cet album « Dance of Time » dont les douze titres exubérants devraient encore une fois ensorceler son public.

Le batteur Thomas Delor présente « The Swaggerer »

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Le trio Mezquida-Bodilsen-Andersen sort « Pieris »

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Gil Evans Paris Workshop et Laurent Cugny signent « Spoonful »

Gil Evans Paris Workshop et Laurent Cugny signent « Spoonful »

Une musique somptueuse aux textures mouvantes

Le 10 mars 2017 sort “Spoonful” gravé par le Gil Evans Paris Workshop et Laurent Cugny. Ce double album célèbre la musique et l’héritage de Gil Evans sous la direction de son principal disciple européen, le pianiste, compositeur et arrangeur Laurent Cugny.

Sur le double CD « Spoonful » (jazz&people/PIAS), Laurent Cugny revisite des partitions plus ou moins connues de Gil Evans et élabore un répertoire inédit à la tête d’un orchestre en forme de all-stars issus de la nouvelle génération du jazz français, le Gil Evans Paris Workshop. La plume de Laurent Cugny, fidèle aux principes d’écriture de son mentor, signe un opus éblouissant qui réserve des surprises infinies.

« Spoonful ». Une musique orchestrale lyrique et inventive, des climats enchanteurs et somptueux, des univers aux textures riches et mouvantes, des ambiances irisées ou  explosives. Les arrangements d’une richesse inouïe comblent et surprennent à la fois. Un double album qui plonge dans l’essence du jazz et en restitue l’essentiel pour combler les sens des auditeurs. Après la première écoute vient la tentation d’en reprendre une cuillerée voire même une louche. Ne surtout pas s’en priver, c’est vivifiant !

C’est après une campagne de financement participatif frutueux sur KissKissBankBank que « jazz&people », premier label de jazz participatif français, annonce pour le 10 mars 2017 la sortie de “Spoonful” en numérique et en double CD avec pochette cartonnée et des textes rédigés par Laurent Cugny. Un bel objet à l’image de la musique.

Reprenant une instrumentation proche de celles qu’affectionnait Gil Evans, avec cor, tuba, guitare et flûte, le Gil Evans Paris Workshop (GEPW) dirigé par Laurent Cugny redonne vie au répertoire historique de l’arrangeur Gil Evans. Le projet de Laurent Cugny tient en quelques phrases.

« Où il est question de faire revivre l’esprit de Gil Evans plutôt que la lettre de sa musique, impossible à recréer. S’appuyer donc sur ses arrangements (des années 60 et 70 plus que 50), les utiliser comme base pour faire vivre un orchestre d’aujourd’hui. Mais aussi proposer des arrangements inédits sur des compositions inédites. D’où le terme d’atelier : atelier d’orchestre, atelier d’écriture. Dans ce but, j’ai choisi de m’entourer de cette magnifique génération de musiciens nés autour des années 1980, qui entendent et font le jazz d’aujourd’hui. » Laurent Cugny

Rien de figé donc dans ce « Spoonful » où les musiciens s’approprient les arrangements de Laurent Cugny qui tient aussi le piano et le Fender Rhodes. Le talent et l’inventivité des interprètes font s’épanouir les compositions et les arrangements.

L’orchestre compte 15 des meilleurs musiciens d’aujourd’hui, tous nés dans les années 1980. Antonin-Tri Hoang (saxophone alto), Martin Guerpin (saxophones soprano, ténor), Adrien Sanchez (saxophone ténor), Jean-Philippe Scali (saxophone baryton, clarinette basse) constituent la section des anches. La section trompette compte Malo Mazurié, Quentin Ghomari, Olivier Laisney et Brice Moscardini. Au trombone, Bastien Ballaz et Léo Pellet, au cor, Victor Michaud et  Fabien Debellefontaine au tuba et à la flûte. La guitare est tenue par Marc-Antoine Perrio.  Ce sont les deux membres du trio de Laurent Cugny,  Joachim Govin (contrebasse) et Gautier Garrigue (batterie) qui assurent la section rythmique.

Gil Evans, inspirateur de ce projet musical, est l’un des plus importants arrangeurs de la musique de jazz au XXème siècle. L’influence de Gil Evans est, en effet, encore considérable, tant pour les partitions orchestrales conçues pour Miles Davis pour les albums « Miles Ahead », « Porgy and Bess » et « Sketches of Spain » que pour ses propres albums devenus des classiques et des incontournables du jazz en grande formation comme « The Individualism of Gil Evans » ou « Out of the Cool ».

En quelques lignes on va tenter de brosser un portrait rapide de celui qui porte ce projet ambitieux et réussi. Le pianiste, compositeur et arrangeur Laurent Cugny est l’ancien directeur du Big Band Lumière (1979-1994) avec qui il grave 6 albums et de l’Orchestre National de Jazz qu’il dirige de1994 à1997. Il est aussi l’auteur d’un opéra jazz, « La tectonique des nuages » avec David Linx, Laïka Fatien et Yann-Gaël Poncet et a signé des arrangements pour des albums d’Abbey Lincoln, Lucky Peterson, Viktor Lazlo et David Linx.

Laurent Cugny, c’est aussi celui qui, en 1987, a effectué en Europe avec Gil Evans et avec le Big Band Lumière, une tournée de 21 concerts et enregistré deux albums « Rhythm-A-Ning » (1988) et « Golden Hair » (1989) tous deux réédités en 1983 et un troisième disque qui réunit la totalité des titres enregistrés, « The Complete Recordings » (1989). Ces opus comptent parmi les ultimes chefs-d’œuvre du légendaire arrangeur dont on fêtera le trentenaire de la disparition en 2018 après qu’on ait célébré en 2012 le centenaire de la naissance.

Si la notoriété de Laurent Cugny est en grande partie liée à ses activités d’arrangeur et chef d’orchestre, le pianiste a conservé des activités musicales en trio avec Joachim Govin (contrebasse) et Gautier Garrigue (batterie).

Laurent Cugny, c’est encore un chercheur musicologue qui a écrit plusieurs livres parmi lesquels on peut citer en 1993 « Electrique: Miles Davis, 1968-1975 » (André Dimanche éditeur) sur la période électrique de Miles Davis et en 1989, « Las Vegas Tango : Une vie de Gil Evans » (P. O. L.), ouvrage de référence sur la musique de Gil Evans. Fort d’un doctorat en musicologie obtenu en 2001, Laurent Cugny se consacre alors à la recherche et à l’enseignement à l’Université Paris Sorbonne (Paris IV).

2014 voit le retour de Laurent Cugny à la musique en grande formation à la tête du Gil Evans Paris Workshop qui poursuit trois objectifs : « continuer à faire vivre l’héritage musical pluriel de Gil Evans », « jouer sur la dynamique d’une génération neuve de musiciens » et « créer les conditions d’un orchestre vivant, évolutif de 16 musiciens ». On se rappelle encore du splendide concert du 06 juillet 2015 où le Gil Evans Paris Workshop et Laurent Cugny jouent sur la scène du Festival « Jazz à Vienne ». L’écoute de l’album a ravivé le souvenir de ce moment éblouissant où l’orchestre a tenu en haleine les spectateurs du Théâtre Antique de Vienne. Une véritable musique à suspense.

En 2017, trente ans après leur collaboration, Laurent Cugny célébrè la musique de Gil Evans avec la publication de « Spoonful ». Pour ce faire, il renoue avec l’esprit de son mentor. A l’image de Gil Evans qui faisait jouer sa musique par des musiciens plus jeunes que lui, Laurent Cugny adopte la même démarche. Il dirige des musiciens plus jeunes que lui pour interpréter le répertoire de la seconde partie de la carrière de Gil Evans, très propice à une interprétation actuelle et à des variations. Le répertoire n’est pas seulement celui de Gil Evans et donne latitude à l’orchestre de créer sa propre musique.

Le CD2 de « Spoonful » est entièrement consacré à 12 morceaux écrits et/ou arrangés par Gil Evans. C’est une composition du bluesman Willie Dixon, Spoonful qui éclabousse de sa lumière cet album durant 15′ et donne son nom au double album. Pour précision, ce titre figure sur « The Individualism Of Gil Evans » enregistré par Gil Evans en 1963 et 1964. Le titre est à l’époque interprété par 17 musiciens parmi lesquels, pour ne citer que les plus connus, Kenny Burrel (guitare), Paul Chambers (contrebasse), Thad Jones (trompette), Phil Woods (saxophone alto), Jimmy Cleeveland (trombone) et  Elvins Jones (batterie).

Le CD1 de « Spoonful » propose 9 titres dont 3 nouvelles compositions de Laurent Cugny et ses arrangements de My Man’s Gone Now de Gershwin, de Manoir de mes rêves de Django Reinhardt et de Lilia de Milton Nascimento.

Pour en savoir encore plus… juste un clic sur le site du Gil Evans Paris Workshop et sur celui de Laurent Cugny.

 
Après avoir écouté dès le 10 mars le double album « Spoonful », pourquoi ne pas fêter sa sortie avec un concert live du Gil Evans Paris Workshop dirigé par Laurent Cugny au New Morning (Paris) le 07 avril à 21h.
Le batteur Thomas Delor présente « The Swaggerer »

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Le trio Mezquida-Bodilsen-Andersen sort « Pieris »

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Le pianiste et compositeur de jazz, Horace Parlan est mort

Le pianiste et compositeur de jazz, Horace Parlan est mort

Un au-revoir ému à un géant du piano

Né le 19 janvier 1931 à Pittsburgh en Pennsylvanie, le pianiste et compositeur de jazz Horace Parlan est mort le 23 février au Danemark à l’âge de 86 ans. Authentique légende du jazz, il a participé au mouvement hard-bop et a collaboré avec les plus grands, Charlie Mingus, Dexter Gordon et Archie Shepp.

Atteint de la poliomyélite au niveau de la main droite à l’âge de cinq ans, il entreprend sa rééducation par une pratique intensive du  piano et récupère l’usage de trois doigts. Comme le guitariste Django Reinhardt, Horace Parlan surmonte son handicap en se forgeant un style très personnel par l’utilisation de nombreux renversements d’arpèges et le développement d’un jeu puissant et très rythmique de la main gauche.

On est touché par le style très original que le pianiste Horace Parlan a su développer au fil des années. Un style ancré dans les racines de la musique afro-américaine (blues, gospel, soul) qui lui a permis de très bien s’adapter au développement du hard bop dans les années 50/60 et de continuer à évoluer par la suite.

De 1951 à 1957 il côtoie entre autres musiciens le saxophoniste Sonny Stitt puis joue dans le Workshop de Charlie Mingus de 1957 à 1959 avec qui il enregistre  « Blues and Roots » et « Mingus Ah-Um » en 1959. On le retrouve ensuite aux côtés de Lou Donaldson puis en 1961 dans le quintet d’Eddie « Lockjaw » Davis & Johnny Griffin. En 1963 il joue avec Roland Kirk puis avec de nombreux saxophonistes ténors dont Zoot Sims et Archie Shepp avec lequel il entreprend une collaboration qui s’est poursuivie dans le temps.

Sous son nom Horace Parlan a enregistré sept albums sous le mythique label Blue Note avec des musiciens prestigieux comme Grant Green (guitare) et les saxophonistes Booker Ervin et Stanley Turrentine. On retient surtout  « Up & Down » et  “Speakin’ My Piece”.

En 1972, il quitte les États-Unis et émigre au Danemark où il s’installe à Copenhague et rejoint Ben Webster et Dexter Gordon. C’est le début d »une seconde carrière. Il a en effet enregistré de nombreux albums sous le label danois SteepleChase et s’est souvent produit au Club Montmartre de la capitale. Il développe aussi beaucoup son activité de compositeur.

En 1977 il enregistre avec Archie Shepp le fameux « Going Home » qui propose un répertoire de spirituals. Par la suite ils enregistrent ensemble « Trouble in Mind » et se produisent souvent en duo ou quartet.

Son dernier enregistrement “My Little Brown Book » date de 2007. Ces dernières années Horace Parlan souffrait des complications de son diabète qui l’a obligé à réduire son activité. Au Danemark, il demeure une figure respectée du jazz. Pour mémoire on renvoie à la chronique du 19 décembre dans laquelle est évoquée la vie d’Horace Parlan et l’hommage que lui a rendu le label Stunt en publiant le 14 novembre « US4 My Scandivinian Blues - A Tribute to Horace Parlan », un album consacré à onze de ses compositions interprétées par Adam Nussbaum (batterie), Tomas Franck (saxophone ténor), Thomas Clausen (piano) et Roger Pedersen (contrebasse), avec la voix de Sinne Eeg sur deux morceaux. Sur un DVD publié dans le même temps, on peut visionner six enregistrements du projet et retrouver la fragile silhouette du pianiste.

On a aussi beaucoup appris et eu grand plaisir à le voir et l’écouter jouer avec le contrebassiste Jimmi Pedersen sur le documentaire réalisé par Don McGlynn.

Le batteur Thomas Delor présente « The Swaggerer »

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« Short Trip », le nouvel album de Vincent Bourgeyx

« Short Trip », le nouvel album de Vincent Bourgeyx

Un voyage renversant de swing et de musicalité

Le 24 février 2017 Vincent Bourgeyx sort « Short Trip », son cinquième album en leader. Swing et musicalité ont élu domicile sur les treize plages du disque. La musique émet des vibrations de bonheur de bout en bout de l’opus. Pour faire durer le voyage… il suffit de laisser tourner l’album encore et encore !

Pour l’enregistrement de « Short Trip » (Fresh Sound Record /Socadisc) au Studio de Meudon en mai 2016, Vincent Bourgeyx a réuni une section rythmique purement américaine. Le contrebassiste Matt Penman qu’il a connu au Berklee College de Boston. Collaborateur habituel du saxophoniste Joshua Redman, le rythmicien est l’un des plus demandés aux États-Unis. Il est aussi membre du SFJAZZ Collective, un all-star constitué de la fine fleur des jazzmen USA auquel participe aussi le batteur Obed Calvaire rencontré récemment par Vincent Bourgeyx. Entouré de cette section rythmique contrebasse/batterie hors pair le pianiste est comme porté et s’autorise toutes les libertés sur son clavier.

Vincent Bourgeyx a convié Sarah Lazarus, la chanteuse américaine installée en France depuis les années 80. Avec elle, le trio grave deux ballades renversantes d’émotion. Le pianiste a aussi invité le saxophoniste français David Prez à rejoindre le trio sur sept titres. Membre du ParisJazzUndergroung, ce dernier a déjà gravé deux albums qui ont contribué à faire reconnaître son talent.

Renversant de maturité, le pianiste grave avec « Short Trip » un album où le jazz respire. En trio, en quartet ou en solo, Vincent Bourgeyx atteint des sommets de musicalité et cultive le swing avec brio. Avec lui pas d’emphase, pas d’étalage. La musique prend racine aux fondamentaux de l’art et s’alimente du savoir-faire et de la sensibilité des artistes. Viennent s’y ajouter une spontanéité et une vivacité qui contribuent à l’identité de l’album. « Short Trip », du jazz tonique mais nuancé, charpenté mais tout en légèreté.

La construction du répertoire contribue aussi à la qualité de l’album. Huit compositions originales du pianiste et cinq standards arrangés par ses soins. Le trio Bourgeyx/Penman/Calvaire interprète trois titres, Tune Up de Miles Davis qui prend ses distances avec l’original sans le trahir, For All We Know de John Frederick Coots & Sam M. Lewis qui termine l’album et une composition du pianiste, le vivace In a Hurry.

Le trio accueille la chanteuse Sarah Lazarus sur deux somptueuses ballades, I Got Lost in His Arms d’Irving Berlin bouleversante de douceur et I’ve Grown Accustomed to His Face d’Alan Jay Lerner & Frederick Loewe qui flotte comme en apesanteur.

Le saxophoniste rejoint le trio sur une reprise, This Is New de Kurt Weill & George Gershwin et sur six compositions de Vincent Bourgeyx. Sur Choral, David Prez embouche le saxophone soprano pour un moment de rêverie éthérée. Sur les autres titres, c’est au saxophone ténor qu’il s’exprime. Ses chorus véloces ou déliés brillent par leur inventivité. La section rythmique pousse ou soutient les solistes et leur autorise une liberté dont ils usent avec brio.

Au centre du répertoire, le pianiste interprète un morceau de son cru, While she sleep. Une très courte valse au tempo ralenti. Une berceuse attendrie qui veille sur le sommeil d’une douce endormie en attente de son prince … un jour prochain… comme un clin d’oeil à un autre air bien connu.

On se prend à espérer que bientôt Matt Penman et Obed Calvaire profitent d’un Short Trip pour traverser l’Atlantique, rejoindre Vincent Bourgeyx, David Prez et Sarah Lazarus et  jouer leur musique sur les scènes de l’hexagone.

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Le trio Mezquida-Bodilsen-Andersen sort « Pieris »

Le trio Mezquida-Bodilsen-Andersen sort « Pieris »

Avec la sortie de l’album « Pieris », le label Stunt Records dévoile un nouveau trio jazz piano-contrebasse-batterie, le trio Mezquida-Bodilsen-Andersen. Les trois musiciens réalisent un album à écouter sans modération. Une pépite musicale peaufinée, passionnée et passionnante.

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