Dans « Thirty », le pianiste Thomas Enhco déploie son art entre jazz et classique. L’album comprend sept nouvelles créations en piano solo et le premier Concerto pour Piano et Orchestre du pianiste, accompagné par l’Ensemble Appassionato sous la direction de Mathieu Herzog. La musique coule avec naturel et captive par ses nuances.
Jazz Campus en Clunisois 2017- D. Badault-D. Pifarély
Improvisation, espace sacré entre forme et liberté
D. Badault-D. Pifaréli. Double plateau pour la soirée du 24 août 2017. . Un solo du pianiste Denis Badault suivi d’un concert du Dominique Pifarély Quartet. Au cœur de la soirée, l’improvisation.
Avec « Deux en Un », c’est un clin d’oeil malicieux que propose Denis Badault aux compositeurs du jazz et au grands maîtres du piano. En 2017 il anime un des ateliers des stages proposés par le festival Jazz Campus en Clunisois. Le pianiste fait partie de ces musiciens avec qui le festival entretient des liens depuis longtemps. Il a été le quatrième directeur artistique de l’ONJ et se prévaut d’une relation privilégiée avec l’improvisation.
Ce pédagogue et savant compositeur est connu pour son tempérament facétieux. Il confie durant le récital qu’il prend plaisir a interpréter ce soir-là sur la scène du Théâtre Les Arts des grands standards de jazz qui ne constituent pas vraiment son fonds de commerce habituel. Il propose donc de faire se télescoper des grands titres du jazz en les combinant deux par deux. Pour donner une dimension plus ludique à son propos, il engage le public à reconnaître les titres associés.
When I Fall in Love/In a Sentimental Mood, Pénélope/Over The Rainbow, Blue in Green/Dolphin Street, et de nombreux autres titres dont Un Américain à Paris, If I Should Lose You, Aux Marches du Palais mais avec le sourire le pianiste avoue y avoir ajouté certaines de ses compositions originales.
Certaines associations mettent plus l’accent sur la dimension rythmique de l’expression alors que d’autres combinaisons privilégient l’espace harmonique et la recomposition mélodique. Sur le clavier le toucher se fait léger et délicat ou pulsatile et véhément. De bout en bout du répertoire le pianiste capte l’attention du public amusé et intéressé par le jeu proposé.
Belle mise en bouche que ce début de soirée. Une gourmandise savante et pétillante, délicate et raffinée.
En présentant Dominique Pifarély, Didier Levallet évoque la première venue du violoniste à Cluny en 1978 et la longévité de sa collaboration avec le festival durant les années 70, 80 et 90 alors que son statut de violoniste et improvisateur soliste prenait bonne tournure dans le milieu du jazz et qu’il intégrait en 1992 le fameux label indépendant ECM dont on connait l’engagement dans le champ des musiques improvisées. Les années passant le violoniste n’a eu cesse de travailler avec le festival et la venue de Dominique Pifarély ce 24 août 2017 à Cluny représente le 39ème anniversaire de son histoire avec Didier Levallet et le festival.
Autour du violoniste, le Dominique Pifarély quartet réunit le pianiste Antonin Rayon, le contrebassiste Bruno Chevillon et le batteur François Merville. Au cours du concert, le groupe interprète des pièces pas encore enregistrées et des parties (de parties… dixit Dominique Pifarély) du répertoire de « Tracé Provisoire » le dernier album du Dominique Pifarély Quartet, sorti en juin 2016 chez ECM. La rumeur qui vient, Le peuple effacé, …
Sur scène, on perçoit le lien qui relie les musiciens profondément concentrés. Entre eux existe une grande perméabilité et circule une communication indéniable qui leur permet de réagir en temps réel à l’évolution de la musique. La frontière entre improvisation et composition est ténue. A partir d’éléments structurels écrits, les thèmes, les musiciens développe le discours improvisé qui mêle abstraction et lyrisme.
La connivence qui existe au sein du quartet permet au batteur, au pianiste et au contrebassiste de créer un espace idéal au sein duquel le violoniste laisse libre cours à son expression aventureuse. Dominique Pifarély mobilise son énergie et construit des improvisations lyriques. Il dessine des lignes furieuses suivies de mélodies aux teintes dramatiques ou oniriques.
Entre rêverie intemporelle et divagations abstraites, la musique s’écrit dans l’instant, se charge de lumière et rayonne de toute sa force poétique.
Au service du son d’ensemble, le quartet produit une vraie musique de groupe et chacun des protagonistes a toute liberté pour s’exprimer. Bruno Chevillon apporte une grande attention aux textures sonores. Il éclaire son jeu d’ombres et de lumières. Il fait vibrer les tréfonds des graves et briller les faîtes des aigus. Effleurant les cordes de la contrebasse de son médiator, il évoque les sonorités boisées du gembre.
Soutenu par le violoniste et le pianiste,
le contrebassiste prend aussi quelquefois la main sur la rythmique via des riffs réitératifs. Ainsi soulagé de son rôle de rythmicien François Merville peut laisser libre cours à t
oute sa science des timbres et devenir un mélodiste impressionniste. Le jeu incisif et très créatif d’Antonin Rayon est tout entier au service du groupe
Concentrés et habités par la musique, quatre rythmiciens, quatre mélodistes, quatre improvisateurs se passent le relai pour créer un tissu musical unique. Au gré des césures et des ruptures, écriture et liberté conjuguent leurs forces et brodent un langage aventureux et singulier.
Aux confins de la musique contemporaine et du jazz improvisé, le Pifarély Quartet construit une musique combative et contemplative qui a comblé les auditeurs. Ils repartent avec les yeux et oreilles emplis de souvenirs musicaux lumineux et l’âme nourrie par une musique précieuse.
Clin d’œil à Thomas Enhco & « Thirty »
A Vaulx Jazz #31… du 11 au 30 mars 2019
La 31ème édition du festival A Vaulx Jazz approche à grands pas ! Attendu depuis 2017 par tous les amateurs de jazz de la région Rhône-Alpes Auvergne, cet évènement sonne le retour du jazz à Vaulx-en-Velin. Du 11 au 30 mars 2019, la programmation promet surprises et réjouissances en tous genres. Il y en aura pour tous les publics.
Clin d’œil à Laurent Dehors & « Moutons »
Avec son nouvel album « Moutons », Laurent Dehors poursuit son chemin, toujours à distance des musiques formatées. Le titre de l’album annonce d’ailleurs la couleur. Pas question de compter sur lui pour proposer un album qui plaise au troupeau des moutons qui broutent et remâchent des nourritures musicales consensuelles et lisses. « Moutons »… c’est réjouissant et vivifiant en diable !
C’est un orchestre sans basse que présente Anne Paceo avec la chanteuse Leila Martial, le claviériste Tony Paeleman et le saxophoniste Christophe Panzani. Sur scène on compte quatre musiciens mais on comprend très vite que la participation de l’ingénieur du son en la personne de Boris Darlay est essentielle sur scène (comme en studio).
Batterie et claviers unissent leurs voix pour permettre aux solistes de s’exprimer en toute liberté. Les nappes sonores de Tony Paeleman accentuent le caractère fluide du chant. La voix claire de Leila Martial génère des mélodies aérien
nes et limpides et sait murmurer mais se transforme aussi en de puissantes tornades rythmiques et incantatoires. Le saxophone soprano de Christophe Panzani lance des notes étoilées en direction de la voix de la chanteuse et tous deux établissent de superbes dialogues de bout en bout du concert. Leurs échanges sereins deviennent parfois aventureux et ils devisent alors sur un fil tendu au-dessus
du flot délivré par la batterie et les claviers.
hone ténor malaxe la substance sonore sans rupture et où la batterie offre un solo physique prodigieux de précision et de vitalité.
Né en 1944 à Port Chester dans l’état de New York, John Abercrombie a commencé la guitare à l’âge de 14 ans. Attiré par le rock et le blues, il s’est très vitre orienté vers le jazz après avoir écouté Barney Kessel. A l’issue d’un cursus au Berklee College of Music de Boston, il s’installe à New York et se fait remarquer sur les scènes du jazz.
, sorti le 23 janvier 2017 et enregistré aux Studios Avatar de New York en compagnie du producteur Manfred Eicher. A la réécoute de l’album on est frappé par sa lumière quasi-crépusculaire.
« Tangents » est le second album que le contrebassiste Gary Peacock a enregistré comme leader du trio qui réunit autour de lui le pianiste Marc Copland et le batteur Joye Baron. « Now This », le précédent album du Gary Peacock Trio, remonte à 2015.
Compter les participations de Gary Peacock sous le label ECM relève du défi. En effet le contrebassiste a enregistré aux côtés de nombreux artistes du catalogue ECM. Certes on le trouve associé à John Surman, Tony Oxley et Paul Bley ou encore en duo avec Paul Motian, Ralph Towner ou Marilyn Crispell. On n’oublie pas non plus l’album « Voice from the Past-Paradigm » enregistré en 1982 et réédité en 2016 où Gary Peacock joue avec Jan Garbarek, Tomasz Stanko et Jack DeJohnette. Impossible par ailleurs d’omettre les nombreux enregistrements gravés chez ECM par le trio qu’il constituait avec Keith Jarrett et Jack DeJohnette.
Gary Peacock fait partie de ceux qui ont repensé le rôle de la contrebasse dans le jazz. Il s’est toujours fait entendre comme une voix mélodique indépendante. Il a décliné ce concept au sein de tous les groupes historiques auxquels il a participé et continue aujourd’hui à le faire au sein de son trio
C’est une ambiance plus intrigante que propose le second album de ce « Label ECM-Focus9 ». Avec « Far from Over » le pianiste/claviériste et compositeur Vijay Iyer offre son cinquième album à ECM depuis 2014. Le leader affirme les contours de son esthétique à la tête de son dynamique sextet d’un format plutôt classique, piano/clavier, contrebasse, batterie, saxophone alto, saxophone ténor, trompette.
Constituée du contrebassiste Stephan Crump et du batteur Tyshawn Sorey, la solide section rythmique soutient un trio de soufflants virtuoses et favorise leur expression. Ainsi, le saxophoniste alto Steve Lehman, le saxophoniste ténor, Mark Shim et le trompettiste Graham Haynes (fils de Roy) ont toute latitude pour improviser. La sensibilité de la trompette s’allie aux nuances profondes du saxophone ténor et aux sonorités acerbes de l’alto.
Le pianiste
« Incidentals ». Troisième album, troisième ambiance évoquée dans ce « Label ECM-Focus9 ». Formation sans bassiste, Snakeoil réunit aux côtés de l’altiste, le guitariste Ryan Ferreira, le clarinettiste Oscar Noriega, le pianiste Matt Mitchell et le batteur/vibraphoniste Ches Smith.
Cela fait déjà quatre mois que Bémol 5 fait battre le cœur du jazz dans le paysage lyonnais. Deux magnifiques concerts d’ouverture avec David Linx et In Lab4tet, une programmation variée et attractive avec de talentueux musiciens de la région (Zaza Desideiro, David Bressat, …), des artistes nationaux (Emmanuel Bex, Pierre de Bethmann, Manu Le Prince, Sangoma Everett,…) et internationaux (Tony Tixier), sans omettre les toniques jams sessions.