Sur « Guardians of the Heart Machine », le saxophoniste Seamus Blake s’est entouré d’une talentueuse équipe de musiciens français. Fort réussi, l’album s’avère un modèle d’équilibre entre sensibilité et flamboyance. Fougue et expressivité stimulent l’écoute et déclenchent l’enthousiasme.
Les 40 ans de Jazz Campus en Clunisois
Un festival engagé et à taille humaine
Le 26 août 2017, après huit jours de concerts et six ateliers animés par les musiciens les plus en vue de la scène de jazz contemporaine, c’est la fête des 40 ans de Jazz Campus en Clunisois. Fidèle aux valeurs de ses origines, le festival réinvestit l’enceinte de l’Abbaye de Cluny.
Ce quarantième anniversaire est à l’image du festival. L’esprit de la fête prévaut pour les 40 ans de Jazz Campus en Clunisois sans clinquant.
Les festivités demeurent à taille humaine et restent en accord avec la ligne tracée depuis le début par Didier Levallet, le fondateur de cet évènement dont la persévérance a permis au festival de vivre sans se renier. Concerts, déambulations, improvisations et échanges dans une ambiance de convivialité bon enfant.
La soirée valorise la liberté et son corolaire en musique, l’improvisation. Les murs et le sol des allées sont ornés par l’affiche élaborée à cette occasion.
La soirée débute avec « Les Snoopies », un groupe régional qui propose une musique fraîche et tonique et accueille les festivaliers dans l’enceinte même de l’abbaye dès 19h15. L’accent est donc ainsi mis sur le soutien que le festival a toujours apporté aux jeunes talents.
Avec attention le public écoute installé dans l’herbe ou attablé tout en savourant les produit proposés par les producteurs locaux. C’est peu de dire combien sont savoureux tous les mets et libations liquides proposés… le tout consommé avec modération par les musiciens, les organisateurs, les stagiaires et les spectateurs.
Après ce bain de musique rafraîchissant est donné le signal du concert promenade. Une déambulation menée par « Musica Brass », la fanfare chamarrée rompue aux animations festives que guident conjointement Jean-Louis Autin et Michel Deltruc, co-animateurs de l’atelier fanfare. Sans ce faire prier le public emboîte le pas à la troupe musicale et s’engage dans le dédale de l’abbatiale et de ses jardins.
La promenade est émaillée d’arrêts à des stations où interviennent la plupart des animateurs des ateliers.
« Stations cordes » avec deux contrebasses et un violoncelle où Didier Levallet rejoint Jean-Philippe Viret et Vincent Courtois. Les trois improvisateurs croisent le fer pour le plus grand plaisir des spectateurs attentifs et nombreux.
On se dirige ensuite vers la « station trombone » pilotée par Fidel Fourneyron. En haut des marches d’une des sorties du bâtiment et tourné face aux jardins et au Farinier des Moines, le tromboniste propose une aubade improvisée à la nuit tombante. Il rallie les suffrages unanimes de l’assemblée assise sur les escaliers ou debout dans les allées.
La fanfare bat le rappel et la troupe des festivaliers les suit. En musique on s’éloigne du bâtiment et dans la nuit on traverse les jardins pour rejoindre « la station saxophone- batterie » au pied du Farinier des Moines. Dans l’ombre se détache la frêle silhouette de Céline Bonacina qui embouche son saxophone baryton pour offrir un récital impromptu qu’elle commence seule. Elle est ensuite rejointe par le batteur Hary Ratsimbazafy. Les spectateurs massés devant le farinier ou grimpés sur les escaliers applaudissent sans retenue le dialogue des deux musiciens.
Point de répit pour la fanfare qui rejoint le bâtiment et le cortège s’achemine en musique dans les couloirs rénovés vers la « station piano » tenue par Denis Badault. Encadré par le saxophoniste Jean-Paul Autin et le percussionniste Michel Deltruc, le pianiste rompu à la pratique de l’improvisation s’amuse et offre un moment plaisant au public toujours participatif. Dans l’assemblée on repère Sophia Domancich, Simon Goubert et bien sûr Didier Levallet qui porte un regard attentif à la manifestation.
Après avoir applaudi la fanfare pour sa ronde festive bien orchestrée, les spectateurs prennent un répit bien mérité et se regroupent auprès des producteurs locaux pour quelque dessert ou rafraîchissement salutaires.
Tout le monde rejoint ensuite le devan
t de la scène pour un concert festif donné par « Le Peuple Etincelle » composé de François Corneloup au saxophone soprano, Fabrice Vieira à la guitare, Michael Geyre à l’accordéon, Eric Duboscq à la basse et Fawzi Berger aux percussions. Le slogan du groupe est simple… Musique festive du Sud-Ouest et au-delà. Le guitariste, compagnon habituel de Bernard Lubat annonce la couleur d’emblée. « C’est de la musique à danser, de la musique 2.0… que chacun danse comme il veut ». Les cinq musiciens vont s’employer à entraîner le public dans la danse et ils vont y parvenir. Au fil de la soirée, on danse certes mais on savoure aussi avec délice les improvisations ébouriffantes de François Corneloup.
Comme promis la musique se promène du côté du Sud-Ouest mais on capte des rythmes rappelant les danses de Bretagne, de l’Écosse ou d’Irlande. 
Avec le groupe on part en musique du côté du Brésil et on rejoint les Caraïbes avant une ronde circassienne endiablée. La participation masculine laisse à désirer mais comme toujours les femmes se mobilisent pour que la fête des 40 ans de Jazz en Clunisois batte son plein.
Les musiciens ont commencé le concert assis. C’est debout qu’ils le terminent, heureux d’avoir entraîné dans leur musique originale le public réuni pour fêter le samedi 26 août les 40 ans de Campus en Clunisois.
Après la danse, on se quitte non sans se donner tous rendez-vous en 2018 pour une nouvelle édition de Jazz Campus en Clunisois.
Seamus Blake sort « Guardians of the Heart Machine »
Javier Girotto dévoile « Tango Nuevo Revisited »
Porté par le saxophoniste Javier Girotto, « Tango Nuevo Revisited » répond au mythique « Tango Nuevo » enregistré en 1974 par Astor Piazzola et Gerry Mulligan. Plus de quarante après, un trio saxophone baryton-bandonéon-piano fait écho au tentet qui a immortalisé un disque où tango et jazz croisent leurs univers. Le répertoire en ressort revitalisé. Un travail d’orfèvre à écouter les yeux fermés !
Christian Escoudé présente « Django, Les Inédits »
Enregistré en 2018 par le guitariste Christian Escoudé, le réjouissant « Django, Les Inédits » propose à la fois des compositions de Django Rheinhardt et d’autres du leader. En quartet et avec la chanteuse Stephy Haik sur quelques titres, le talentueux guitariste n’a rien perdu de son élégance et de sa singularité.
Ce quarantième anniversaire est à l’image du festival. L’esprit de la fête prévaut pour les 40 ans de Jazz Campus en Clunisois sans clinquant.
C’est avec un enthousiasme non dissimulé que Didier Levallet présente devant une salle comble le projet et les musiciens invités par Jazz Campus en Clunisois pour la dernière soirée au Théâtre Les Arts de Cluny. Le batteur
Les quatre musiciens ont contribué à l’écriture du répertoire et Simon Goubert a assuré la direction du projet. Malgré la grande complicité qui existe entre les quatre protagonistes, il n’en demeure pas moins qu’un travail préalable a été nécessaire. En effet, le projet n’a aucunement l’objet de simplement juxtaposer le vocabulaire du jazz et l’expression traditionnelle de la kora. Le propos du groupe est vraiment de générer une coexistence et de vrais liens entre les deux idiomes.
Quand on sait que l’instrument possède 21 cordes on conçoit combien l’affaire se corse. Ainsi au cours du concert de ce 25 août 2017, Ablaye Cissoko a dû accorder son instrument à plusieurs reprises pour pouvoir s’exprimer alternativement sur trois modes, le mode Syllaba, le mode Toumara et le mode Sawouta. On comprend aussi pourquoi, le joueur de kora limite ses interventions lorsqu’il existe des modulations au cours d’un même titre puisqu’il ne peut se ré-accorder en cours de morceau.
Avant le concert Simon Goubert évoque la fantastique forêt de baobabs qui existe entre Dakar et Saint-Louis du Sénégal et qui l’a inspiré pour écrire le titre De Dakar à Saint-Louis. Le groupe enchaîne avec une composition de Jean-Philippe Viret en hommage à Saint Awawa. Le
Simon Goubert fait patienter le public et exprime avec simplicité la relation qui le lie avec ce pays et ses traditions.
Après les remerciements qu’adresse Simon Goubert à Didier Levallet pour tout ce qu’il « a fait pour la musique, les musiciens, le festival et la Bourgogne », le groupe continue avec Au Loin, le thème de Sophia Domancich qui donne son titre à l’album du groupe déjà pressé.
Sur la rythmique subtile impulsée par la batterie,la kora et le chant habité du griot sont soutenus par le jeu délicat de la contrebasse et les nuances du piano. Il en ressort une dimension incantatoire voire spirituelle.
Didier Levallet a invité deux improvisateurs de la nouvelle génération. La chanteuse Leïla Martial et le violoncelliste Valentin Ceccaldi. Ils présentent leur projet « Le Fil » à l’ombre du grand tilleul du Haras National de Cluny. Les festivaliers, les musiciens, les stagiaires et les organisateurs apprécient cette année encore de se retrouver pour savourer un moment magique. Chacun vient à 12h30 avec son panier-repas, le festival et les musiciens offrent la « nourriture spirituelle ». Le cadre bucolique et le temps clément favorisent l’écoute.
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Certes la chanteuse utile ses pédales d’effet mais son talent consiste (entre autre) à intégrer les effets de manière à ce qu’il soit une extension même de ses cordes vocales. Leila Martial explore toute l’étendue de sa tessiture. Sa voix très claire fait exploser les aigus les plus cristallins comme les graves les plus telluriques.

En présentant Dominique Pifarély, Didier Levallet évoque la première venue du violoniste à Cluny en 1978 et la longévité de sa collaboration avec le festival durant les années 70, 80 et 90 alors que son statut de violoniste et improvisateur soliste prenait bonne tournure dans le milieu du jazz et qu’il intégrait en 1992 le fameux label indépendant ECM dont on connait l’engagement dans le champ des musiques improvisées. Les années passant le violoniste n’a eu cesse de travailler avec le festival et la venue de Dominique Pifarély ce 24 août 2017 à Cluny représente le 39ème anniversaire de son histoire avec Didier Levallet et le festival.
Au service du son d’ensemble, le quartet produit une vraie musique de groupe et chacun des protagonistes a toute liberté pour s’exprimer. Bruno Chevillon apporte une grande attention aux textures sonores. Il éclaire son jeu d’ombres et de lumières. Il fait vibrer les tréfonds des graves et briller les faîtes des aigus. Effleurant les cordes de la contrebasse de son médiator, il évoque les sonorités boisées du gembre.
le contrebassiste prend aussi quelquefois la main sur la rythmique via des riffs réitératifs. Ainsi soulagé de son rôle de rythmicien François Merville peut laisser libre cours à t
oute sa science des timbres et devenir un mélodiste impressionniste. Le jeu incisif et très créatif d’Antonin Rayon est tout entier au service du groupe
C’est un orchestre sans basse que présente Anne Paceo avec la chanteuse Leila Martial, le claviériste Tony Paeleman et le saxophoniste Christophe Panzani. Sur scène on compte quatre musiciens mais on comprend très vite que la participation de l’ingénieur du son en la personne de Boris Darlay est essentielle sur scène (comme en studio).
Batterie et claviers unissent leurs voix pour permettre aux solistes de s’exprimer en toute liberté. Les nappes sonores de Tony Paeleman accentuent le caractère fluide du chant. La voix claire de Leila Martial génère des mélodies aérien
nes et limpides et sait murmurer mais se transforme aussi en de puissantes tornades rythmiques et incantatoires. Le saxophone soprano de Christophe Panzani lance des notes étoilées en direction de la voix de la chanteuse et tous deux établissent de superbes dialogues de bout en bout du concert. Leurs échanges sereins deviennent parfois aventureux et ils devisent alors sur un fil tendu au-dessus
du flot délivré par la batterie et les claviers.
hone ténor malaxe la substance sonore sans rupture et où la batterie offre un solo physique prodigieux de précision et de vitalité.