Nuits de Fourvière 2018-Focus sur Raphael Imbert

Explorateur du spirituel dans le jazz

Une rencontre organisée par les Nuits de Fourvière dans la librairie Musicalame propose un focus sur Raphaël Imbert en amont de son concert du 06 juin 2018 au Temple du Change. Le saxophoniste livre quelques pistes pour mieux appréhender sa musique et son nouveau projet « Music is My Hope ».

affiche officielle du festval "Les Nuits de Fourvière" 2018Raphael Imbert compte parmi ces artistes auquel le festival des Nuits de Fourvière est attaché. Une histoire singulière relie en effet le saxophoniste et le festival.

Le premier contact remonte au 17 juin 2013, lorsque le saxophoniste tient un pupitre de la section de cuivres du Big Band d’Archie Shepp pour le projet Attica Blues. Après la sortie de son album  » Music is My Home », le festival programme Raphaël Imbert le 09 juillet 2015 au Musée des Confluences où il présente son projet avec des membres de la Cie Nine Spirit et les deux bluesmen américains présents sur l’album.

L’aventure entre le festival et Raphaël Imbert se prolonge en 2016. Le 11 juin, le saxophoniste participe à la soirée Moondog organisée par les Nuits de Fourvière en hommage à Louis Thomas Harding et le samedi 16 juillet Raphaël Imbert ouvre le premier set de la Nuit du Blues entre jazz et blues pour un hommage à Paul Robeson avec Marion Rampal. En 2017, c’est en Monsieur Loyal qu’il présente la Nuit du Blues.

Le 06 juin 2018 les Nuits de Fourvière accueillent Raphael Imbert à 20h30 au Temple du Change pour présenter son tout dernier projet, « Music is My Hope », dont l’album est sorti en janvier 2018. Dans le lieu où il a déjà interprété la musique de son projet « Bach Coltrane », il se présente avec à ses côtés les chanteuses Marion Rampal & Aurore Imbert, les guitaristes Thomas Weirich & Pierre Durand et le batteur Jean-Luc Di Fraya et Pierre-François Blanchard aux claviers et sur l’orgue du Temple.

Le 15 mai 2018, les Nuits de Fourvière organisent une rencontre avec Raphaël Imbert à la librairie Musicalame spécialisée dans les ouvrages musicaux. Richard Robert, conseiller artistique et assistant à la programmation musical du festival engage le musicien à se présenter et à proposer des pistes de compréhension au public qui s’est pressé nombreux pour ce moment d’échange riche et convivial.

Avec humour Raphael Imbert présente son approche autodidacte de l’instrument et son entrée dans la « classe de jazz la plus ancienne et la plus prestigieuse créée en 1963 par Guy Longnon au Conservatoire de Marseille ». Il précise avoir « mené de front cet aspect autodidacte tout en travaillant sur l’idée de naturel, d’instinct que cette musique peut représenter et en même temps d’avoir envie de comprendre de quoi il s’agit, de comprendre l’environnement de cette musique ».

Il en profite pour glisser en confidence au public que « c’est Louis Armstrong and The Good Book qui [lui a] fait comprendre ce qu’est le jazz » et il conseille cet album comme « une ordonnance, un remède absolu » qui permet de découvrir « le plus grand jazzman de l’histoire qui chante et joue les grands thèmes de gospel et negro spirituals, les fondamentaux de cette musique qu’on découvre au-delà de leur version religieuse et qui est en fait un outil de transmission géniale, ce sont en effet des mélodies pentatoniques, qui utilisent cinq notes (les touches noires du piano). Le jazz, les thèmes sont des objets de transmission géniale, comme « When the Saints Go Marching In » (qu’il joue)… est un élément d’apprentissage de toutes les musiques aux USA ».

Raphael Imbert termine sa présentation en ajoutant que pour lui  le jazz « n’existe que par son rapport au public, il s’est créé avec l’enregistrement, les concerts enregistrés live, … le public est nécessaire à ce qui se passe, il ne faut pas jouer POUR le public mais avec lui qui peut interagir avec les musiciens sur la scène ».

Couverture du livre de Raphaël Imbert "Jazz Supreme-Inities, mystiques et prophetesLe musicien affirme que son  » Panthéon, [s]a sainte trinité c’est Coltrane, Ayler et Duke Ellington ». Il précise ensuite en quoi il entend dans la musique plus que la musique, en quoi ses recherches lui ont permis d’aller « à la source du spirituel de la musique ».

A cette occasion il évoque la deuxième réédition de son livre « Jazz supreme - Initiés, mystiques et prophètes » préfacée par Patrick Chamoiseau et sorti le 02 mai 2018 aux Éditions de l’Éclat - Éclat-L’Eclat Poche. Cet ouvrage publié en mars 2014 aux même Éditions de l’Éclat résulte de dix années de recherches du saxophoniste commencées après qu’il ait été lauréat de la Villa Médicis Hors-les-Murs en 2004.

Dans son livre, Raphaël imbert révèle la  présence du « religieux sans dogme » dans le jazz et les très forts engagements des musiciens de jazz au sein de la franc-maçonnerie noire américaine. La dernière partie de l’ouvrage est consacrée à John Coltrane qui incarne à lui seul ce Jazz Supreme qu’il a porté à ses sommets. Lors de sa venue à la librairie Musicalame, le musicien expose plus brièvement mais non moins clairement en quoi le jazz s’est construit à partir d’une dimension spirituelle qui a permis tant aux hommes du jazz qu’à leur art de s’inventer et d’exister face à un univers souvent adverse.

Raphael Imbert présente le jazz comme un « acte de résistance » contre les impositions de l’occident et pose la dimension du « spirituel » comme un point commun entre « Bach et Coltrane [qui] ont cette connivence mystique, ce rapport à l’histoire du protestantisme qui est finalement très proche, pareil avec Mozart et Duke Ellington, l’aspect maçonnique est intéressant, on a deux compositeurs qui revendiquent pleinement leur appartenance à la maçonnerie comme étant un élément majeur de leur imaginaire et mystique [avec un] aspect initiatique [qui] se met en place ». Ces liens donnent tout leur sens aux albums « Bach Coltrane » (2008) et « Heavens Amadeus & the Duke » (2013).

Pour terminer, Raphaêl Imbert évoque la figure et l’engagement de Paul Robeson (1898 -1976) auquel il rend hommage avec son projet « Music is My Hope ». Cet acteur, chanteur, militant communiste, apatride durant et même après la période du mccarthysme, « il a récupéré son passeport en 1958 », incarne pour Raphaël Imbert le « premier artiste qui chante la musique populaire du monde entier, qui dit que la musique est universelle » et il loue « la force et la beauté de son engagement ». La rencontre se termine avec le chant antifasciste Peat Bog Soldiers que joue le musicien sur son saxophone soprano.

Raphaël Imbert ne cache pas son plaisir à jouer « Music Is My Hope » le projet qu’il dédie à Paul Robeson dans le Temple du Change le 06 juin 2018 à partir de 20h30. On ne doute pas que le concert sera un moment empreint de spiritualité et d’espoir

Remerciements cordiaux à Pascale Canard-Volland pour ses clichés.
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