Jeremy Pelt triomphe au Hot Club de Lyon

Jeremy Pelt triomphe au Hot Club de Lyon

Un jazz moderne pétri dans le groove

Le dimanche 07 avril 2019, le public se presse dans la cave pleine à craquer du Hot Club de Lyon pour la dernière soirée du « Hot Club Jazz Festival ». En quintet, trompettiste Jeremy Pelt a déclenché l’enthousiasme nourri des spectateurs conquis par son univers moderne pétri dans le groove. Un jazz post bop sans concession et sans cliché mais non sans références.

S’il fait partie de l’élite du jazz new-yorkais, le trompettiste américain Jeremy Pelt n’en néglige pas moins l’Europe où il tourne régulièrement. Il a visiblement craqué sur la cave du Hot-Club de Lyon où il revient le dimanche 07 avril 2019 pour la clôture « Hot Club Jazz Festival ».Quintet de Jeremy Pelt au Hot Club de Lyon le 07 avril 2019

La cave est pleine à craquer quand Jeremy Pelt monte sur scène accompagné par Chien Chien Lu (vibraphone) dont il s’agit de la première venue en Europe, Victor Gould (piano), Richie Goods (contrebasse) et Allan Mednard (batterie). D’un bout à l’autre de la soirée, le leader a posé sur ses compagnons et sur le public son regard attentif et bienveillant.

Deux sets, deux facettes

Avant de débuter le premier set, le leader apporte des précisions quant au projet présenté. Le quintet va exposer les cinq parties de la « Suite Rodin », une suite musicale gravée sur l’album « The Artist » sorti en 2018 et inspirée à Jeremy Pelt par le travail du sculpteur français Auguste Rodin.

Tels des plasticiens dynamiques, le quintet façonne les cinq pièces jouées en hommage à Rodin et propose un jazz contemporain très riche qui sculpte la matière sonore avec exubérance ou délicatesse selon les pièces, Appel aux armes, Dignity and Despair (Bourgeois de Calais), Sol Tace (La Porte de l’Enfer), Camille Claudel (L’éternel printemps) et Epilogue en point d’orgue.

Un univers musical contemporain aux climats contrastés dont la richesse enchante le public.

Le second set permet d’apprécier une facette artistique différente du quintet avec d’autres titres de l’album, Water Colors, Feito, dédié au peintre espagnol Luis Feito, As of Now mais aussi While You Are Gone, composé par le saxophoniste Lucky Thompson. C’est l’occasion pour les spectateurs d’accéder à un autre  aspect de l’expression du quintet.

Un jazz post bop à l’expression conventionnelle où se côtoient groove urbain et ballade délicate, climat survolté et mélancolie bleutée.

Impressions de concert

Entre énergie et délicatesse, la musique développe un savant alliage de puissance et de souplesse. Une écoute constante règne parmi les musiciens en interaction permanente.

Ardente et nuancée, la section rythmique fait preuve d’une réactivité de chaque instant. Les solides lignes de basse de la contrebasse s’allient avec le drumming féroce de la batterie pour stimuler les solistes et propulser leurs chorus. La frappe précise et légère des mailloches sur les lames du vibraphone font alterner sonorités éthérées, perles réverbérées et notes cristallines lumineuses qui rivalisent de force avec celles du piano qui enjambe les harmonies avec fluidité.

Chaque morceau est pour le trompettiste l’occasion de démontrer l’étendue de son talent. Avec aisance, Jeremy Pelt joue sans démonstration et son discours évite les clichés. Redevable autant à Woody Shaw qu’à Freddie Hubbard ou Wynton Marsalis, il inscrit son jazz dans la mouvance post bop. Glissandos subtils, notes choisies et posées avec soin, accentuations toniques, souffle puissant. Avec ou sans sourdine, la trompette densifie le climat jusqu’au paroxysme ou tempère ses ardeurs et allège l’ambiance. Jeremy Pelt s’exprime entre ombre et lumière, entre mélodies évanescentes et propos ardents.

Au final, le jazz vitaminé et moderne du quintet de Jeremy Pelt a captivé et stimulé l’imagination du public de la même manière que les sculptures de Rodin ont fasciné le trompettiste compositeur et les musiciens. Les spectateurs visiblement comblés ont manifesté leur enthousiasme pour un concert dont les oscillations rythmiques, les riches trames harmoniques et les chorus inspirés ont permis d’apprécier un jazz enflammé où groove et délicatesse coexistent avec bonheur.

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