Echo#2-Nuits de Fourvière 2018

Un rendez-vous réussi entre Jazz et Spiritualité

Les Nuits de Fourvière ont connu un heureux mélange d’énergie, de recueillement et d’allégresse avec le concert du 06 juin 2018 donné en hommage à Paul Robeson dans le Temple du Change. Raphaël Imbert et ses complices ont offert de fortes vibrations émotionnelles. La dimension spirituelle de « Music is my Hope » a éclaté.

Echo#2-Nuits de Fourvière 2018Après un Focus sur Raphaël Imbert, cet explorateur du spirituel dans le jazz,  Echo#2-Nuits de Fourvière 2018 revient sur le concert généreux et inoubliable qu’il a donné avec les membres de son groupe le 06 juin 2018 au Temple du Change de Lyon.

Dans le cadre des Nuits de Fourvière, le concert de Raphaël Imbert et de son groupe au Temple du Change a mis en évidence le lien indéniable qui relie le jazz au negro-spiritual, au blues et sa mélancolie, à la folk protestataire et à la soul poignante, inclut l’énergie pimentée du rock et bien sûr des improvisations inspirées.

Musique et émotion

Raphaël Imbert au saxophone ténor, les chanteuses Aurore Imbert et Marion Rampal, les guitaristes Pierre Durand et Thomas Weirich et le (chanteur et) batteur Jean-Luc Di Fraya rejoignent le pianiste et claviériste pour continuer le negro spiritual inaugural, Didn’t My Lord Deliver Daniel que Pierre-François Blanchard a commencé seul. Le groupe enchaîne avec Die Moorsoldaten/Peat Bog Soldiers interprété par les deux chanteuses en anglais puis en allemand. La plainte du saxophone, les lamentations des guitares donnent une allure de prière à ce premier chant antifasciste composé dans les camps de concentration.

Sur A Letter To A Muse, la clarinette basse du leader et les guitares enveloppantes précèdent le souffle poétique d’Aurore Imbert qui termine le morceau. C’est aussi à la clarinette basse que Raphael Imbert interprète avec son groupe le spiritual Deep River, popularisé par Paul Robeson. Dans le temple, ce gospel prend des allures de cantique.

Dès le début du concert les murs du temple renvoient les échos de l’émotion palpable que la musique de Raphaël Imbert instaure dans ce lieu sacré. Une musique généreuse où énergie et sensibilité se côtoient avec bonheur. Son swing intrinsèque obtient dès le début du concert l’adhésion spontanée de l’assemblée qui répond aux émotions transmises par les officiants. Il est vrai que le lieu se prête à cette manifestation musicale profane empreinte d’une profonde spiritualité.

C’est à l’issue de ce quatrième morceau que de rouge et noir vêtu, Raphaël Imbert présente musiciens et chanteuses. Il évoque la substance et l’histoire du projet « Music Is My Hope » dédié à Paul Robeson (1898 -1976), ce militant américain, noir, artiste, chanteur et communiste privé de sa nationalité par le McCarthysme jusqu’en 1958 où il revient en concert sur la scène du Carnegie Hall. Ce 06 juin 2018, le groupe a débuté le concert avec deux des morceaux que Paul Robeson avait interprétés lors de ce fameux concert du 09 mai 1958.

Le public s’implique

Le concert continue avec Blue Prelude, un chant d’amour déchirant qui fut repris par Nina Simone. La voix envoûtante de Marion Rampal dont la concentration n’a d’égale que la puissance de son chant, est portée par les lamentations intenses des guitares imprégnées de blues. Le cri déchirant du saxophone exprime une désespérance intense qui densifie le climat de cette poignante interprétation de Blue Prelude.

Aurore Imbert revient avec Lady On Earth, une de ses compositions, une ballade poétique et féministe au climat plutôt pop. Le groupe poursuit avec Here’s A Song,un titre composé par Raphaël Imbert avec des paroles de Marion Rampal. Au son de la clarinette basse, du piano bastringue et de la guitare « arrangée » de Pierre Durand qui sonne comme un banjo, le groupe stimule le public dont les mains marquent très vite le tempo.

Arrive ensuite un moment marquant du concert avec Circle Game, la magnifique composition de Joni Mitchell pour laquelle le saxophoniste dit nourrir une affection personnelle de longue date. Le saxophone ténor chante le blues, les guitares se font furieuses, la batterie s’en mêle et porte la musique à son paroxysme. On n’est guère loin de la transe et pourtant le manège cesse de tourner en douceur et le morceau se termine avec la guitare. Après Eastern Queen, une ballade entre prière et blues chargée d’une intense émotion et dédiée à la compagne du leader advient un autre instant clé du concert.

Bach et improvisation

Très concentré, Raphaël Imbert s’avance sur le devant de la scène avec sa clarinette basse pour jouer solo, Christ Lag in Todesbanden, un choral de Bach devant des spectateurs attentifs et silencieux. Jazz et spiritualité oscillent en phase.

Totalement investi, le musicien fait montre d’une parfaite maîtrise de son instrument dont il explore l’entière tessiture. Ses improvisations alternent entre douceur et volubilité avec des échappées free. Sa prière captive l’assemblée.

Le public est conquis

On aurait presque envie d’écrire, « la messe est dite » car de fait, après cette pièce qui mêle écriture de Bach et improvisation, le public est définitivement acquis à la musique du groupe.

Advient ensuite Showboat to Delphi, un titre de Raphaël Imbert avec des paroles de Marion Rampal, qui est censé terminer le set. Après une introduction confidentielle à trois, voix, saxophone et orgue, la trame musicale s’épaissit. Poussé par la batterie et les guitares, le saxophone élève son blues comme une ultime prière et le public entraîné par la chanteuse à la voix hypnotique reprend les paroles en chœur jusqu’à ce que le groupe quitte la scène par l’allée centrale alors que la guitare continue seule encore quelques instants. Une ovation spontanée fait se lever l’assemblée qui salue la performance musicale et la générosité de Raphaël Imbert et ses compagnons.

Marion Rampal présente de nouveau les musiciens et glisse subrepticement une des citations inscrite sur les murs du temple, « Ta Parole est une Lampe à mes pieds, une Lumière sur mon chemin » comme un répons à Raphaël Imbert qui a intercalé de manière plus abrupte dans sa première prise de parole, l’autre phrase du livre sacré qui fait face à la première, « Si vous demeurez dans ma Parole, la Vérité vous rendra Libres ». Un clin d’oeil ludique de ces deux membres de la Cie Nine Spirit.

Une musique libératrice

En rappel et en acoustique, Marion Rampal commence Sheanandoa alors que l’ensemble des autres musiciens se rejoignent derrière elle et l’accompagne de leurs chants et contrechants. Raphaël lmbert fait résonner l’orgue du temple puis rejoint le groupe. Après les derniers remerciements du saxophoniste aux Nuits de Fourvière et avec le soutien rythmique du public, le concert se termine sur Sweat River Blues gravé sur « Music is My Home ». Ce blues explose de l’énergie du rock.

A vrai dire, à aucun moment la basse n’a fait défaut car piano droit, clavier-Hammond XK-1c et batterie ont assuré un soutien indéfectible aux voix, guitares et saxophone ténor ou clarinette basse, ces deux derniers assurant tour à tour un trait d’union entre les cordes vocales et celles des guitares.

Comme l’a dit Raphaël Imbert, le public a écouté « du jazzrocksoulblues et free ». Tel un hymne pacificateur et réconciliateur, « Music is My Hope » a éclairé le public des Nuits de Fourvière de sa généreuse lumière et instauré un moment ineffable où ont coexisté paix et fraternité. Un concert bouleversant non dénué de vigueur où se sont croisés recueillement, colère, espoir et allégresse. Dans le cadre intime et sacré du Temple du Change a régné une quasi communion entre jazz et spiritualité, entre musiciens-chanteuses et public. Un moment de répit hors du temps et de l’urgence du monde.

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