Chick Corea convoque le Jazz et les cieux se calment
Pour son 75ème anniversaire Chick Corea se produit à Vienne à la tête d’un quintet prestigieux. Durant 55 ans de carrière, il a côtoyé la fine fleur des grands noms du jazz et veut honorer les légendes qui l’ont inspiré. Une prestation inoubliable malgré la pluie qui n’a pu gâcher le plaisir des spectateurs
Chick Corea est une star vivante au firmament du Jazz. En 1968, il remplace Herbie Hancok dans l’orchestre de Miles Davis aux côtés de Ron Carter, Wayne Shorter et Tony Williams. L’époque de « In a Silent Way » et « Bitches Brew », C’est ensuite le jazz fusion à fond avec « Return to Forever » et dans les années 70 (puis en 2008 et 2011) et l’« Electric band ». Tout au long de sa carrière Chick Corea ne cessera d’alterner avec brio entre acoustique et électrique. Il explore aussi la musique classique. Ce pianiste aux choix éclectiques s’est imposé comme une grande figure du jazz, tous courants confondus.
« Jazz à Vienne » a souvent accueilli Chick Corea pour le plus grand plaisir des aficionados du pianiste. Pour demeurer das le XXIème siècle, on se souvient de la venue du pianiste en 2003, 2005, 2008, 2011 et 2013. Les inconditionnels de Chick Corea et du jazz en général avaient repéré la soirée du 11 juillet 2016 comme « La Soirée Incontournable » de l’édition 2016. A Vienne on a souvent écouté la musique de Chick Corea sous ponchos et parapluie avec la pluie comme compagne. La soirée 2016 consacrée à Chick Corea est elle aussi arrosée (et même copieusement) mais comme de coutume la pluie n’aura pas eu raison de la « belle » musique qui triomphe toujours face aux éléments.
Le 11 juillet, Chick Corea est entouré du valeureux et incontournable Christian McBride (contrebassiste et bassiste), du saxophoniste Kenny Garrett, du trompettiste Wallace Roney et du batteur Marcus Gilmore. Du début à la fin de set le sourire ne quittera pas le visage du pianiste. Pour rester fidèle à lui-même passera alternativement du clavier acoustique à l’électrique. A aucun moment Chick Corea ne fait étalage de sa technique dont on connait pourtant l’étendue. Il déroule les fils de ses improvisations avec légèreté et précision et accompagne ses compagnons talentueux auxquels il est très attentif. Il procède par touches délicates ou par relances efficaces plus appuyées et prend visiblement autant de plaisir à les accompagner qu’à se mettre en avant.
Pour Chick Corea c’est l’occasion de rendre un hommage appuyé au pianiste Bud Powell qui fut une de ses influences majeures avec Horace Silver (et Mozart). On note que Wallace Roney, Kenny Garett et Christian Mc Bride étaient présents aux côtés de Chick Corea en 1997 lors de l’enregistrement du disque « About Remembering Bud Powell ». A l’époque la batterie était tenue par Monsieur Roy Haynes. En 2016 c’est Marcus Gilmore, son petit-fils qui est derrière les fûts et le diable ne se content pas d’être élégant (jusqu’au bout de ses chaussures), il assure le tempo avec tant de qualités que le pianiste se joindra aux saxophoniste et trompettiste derrière le batteur pour écouter son chorus. Une sorte de moment de communion.
Chick Corea suit le fil rouge des influences musicales qui ont marqué le fil de sa carrière. En 1994 le pianiste a enregistré en solo acoustique l’album « Expressions » où il interprète en autres, le titre Lushlife en hommage à Billy Strayhorn. Ainsi c’est au piano acoustique que Chick Corea interprète le même thème et donne l’occasion à Kenny Garret de s’envoler pour un chorus tout en douceur. Le contraste est grand avec ses interventions véloces sur la musique de Bud Powell.
Derrière le piano acoustique, Chick Corea se régale à écouter les chorus de ses compagnons. Les interventions de Christian Mc Bride dans ce contexte sont empreintes de délicatesse. Il se saisit par contre de la basse électrique frettless à 5 cordes sur les morceaux plus fusion où il soutient les solistes avec une vigueur qui tranche avec la rondeur de ses interventions à la contrebasse.
Vient aussi l’hommage à Miles Davis avec qui Kenny Garett à joué durant 4 ans. Miles Davis est le mentor de Wallace Roney avec qui il a joué en 1991 à Montreux et à qui il a dédié l’album « A tribute to Miles ». Dans ce contexte Wallace Roney exprime toute sa verve dans une veine toute davisienne et le saxophoniste n’est pas non plus en reste. Chick Corea savoure ces moments d’échange.
Au final, c’est le public qui a reçu un cadeau à l’occasion des 75 ans de Chick Corea. Un concert où la qualité des échanges est à la hauteur de la renommée des musiciens. Un moment d’écoute et d’échange entre des musiciens complices qui mettent leur savoir-faire au service de la musique. Bonheur partagé sur scène. Musique savourée dans les gradins
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