Echo#4-Nuits de Fourvière 2018

Antoine Boyer - Seu Jorge 

L’affiche du 06 juillet 2018 des Nuits de Fourvière est prometteuse. Le chanteur brésilien Seu Jorge accompagné par 26 musiciens de l’orchestre de l’Opéra de Lyon propose une reprise orchestrée de son spectacle « The Life Aquatic ». En ouverture de la soirée la venue d’un jeune prodige de la guitare, Antoine Boyer. Musicalité de bout en bout !

Avec cet Echo#4-Nuits de Fourvière 2018 on se souvient du 06 juillet 2018 aux Nuits de Fourvière. La soirée sans pluie s’annonce bien mais c’est sans compter avec l’actualité sportive internationale qui, durant la première partie de soirée, détourne l’attention de nombreux spectateurs.Echo#4-Nuits de Fourvière 2018

En effet le premier set du guitariste Antoine Boyer dont la teneur confine au récital ne parvient pas à capter l’intérêt de certains festivaliers. Les yeux rivés sur les écrans de leurs smartphones, une grande majorité du public des gradins commente et ponctue de vivas peu discrets chaque action de jeu des sportifs du ballon rond, oublieux de la raison même de leur venue, du respect dû à l’artiste et aux autres spectateurs.

Il faut qu’enfin surviennent la fin des compétions sportives, la nuit, la présence magnétique de Seu Jorge et la puissance scénique des musiciens de l’Opéra de Lyon pour qu’enfin les spectateurs dissipés se recentrent sur le spectacle proposé.

Antoine Boyer, prodige absolu de la guitare.

Sur scène, trois guitares : acoustique, classique et électrique. Costume bleu à rayures, pochette et tee-shirt blanc, Antoine Boyer se présente avec un sourire qui témoigne de son plaisir exprimé à se produire dans le cadre du Grand Théâtre de Fourvière en première partie de Seu Jorge.

Faisant montre d’une virtuosité, d’une maîtrise et d’une aisance sans pareilles, le jeune prodige de la guitare, Antoine Boyer, présente un répertoire de six morceaux qui permettent de découvrir l’ouverture de son expression artistique et de prendre la mesure de son talent.

Debout ou assis, il passe d’une guitare à une autre en fonction des thèmes et des styles qui alternent. Après Norwegian Modd des Beatles, il interprète Road Trip, une composition personnelle entre blues, valse et country. Avec beaucoup d’à-propos il joueLife on Mars de David Bowie avant d’enchaîner avec The Sound of Silence de Simon and Garfunkel. Après pop, rock et folk, il se tourne vers le jazz avec We will meet again de Bill Evans. Enfin, il fait un clin d’oeil délicat à la patrie de Seu Jorge, avec une composition dédiée au compositeur et guitariste brésilien Yamandu Costa.

Antoine Boyer a offert une prestation d’une grande fraîcheur et d’un haut niveau technique. Son jeu explore le côté polyphonique de la guitare. La richesse de ses harmonisations valorise les mélodies exposées. Son jeu fait coexister dans une même temporalité l’équilibre étonnant des dimensions mélodique, harmonique et rythmique de la guitare. Une musique exigeante et un festin de musicalité.

Seu Jorge & les musiciens de l’orchestre de l’Opéra de Lyon

En  2004, dans le film « La vie aquatique » de Wes Anderson, Seu Jorge tient le rôle de Pelé Dos Santos, aux côtés de Bill Murray. Il interprète quelques grands tubes de David Bowie en portugais, seulement accompagné d’une guitare acoustique En 2005, le chanteur brésilien sort l’album « The Life Aquatic Studio Sessions ».

En 2016, après le décès de David Bowie, Seu Jorge lui rend hommage à sa manière avec son « Life Aquatic Tour » en montant sur scène pour interpréter live les versions acoustiques des thèmes du film. La tournée commencée sur le continent américain se poursuit en Europe en 2017, ce qui a permis de l’écouter le 13 juillet 2017 dans le cadre du festival Jazz à Vienne.

En 2018, Jorge Mário Da Silva, nom de naissance de Seu Jorge, reprend le rôle de Pelé Dos Santos et propose un nouvel hommage à David Bowie sur la scène du Grand Théâtre de Fourvière en présence de 26 musiciens de l’orchestre de l’Opéra de Lyon.

Avant l’entrée en scène des artistes, le contraste est saisissant entre l’imposant dispositif instrumental de l’orchestre et l’espace restreint destiné à Seu Jorge et sa guitare avec seulement une petite table, une chaise et un micro. Après l’entrée des musiciens, la disproportion est plus flagrante encore entre l’orchestre installé et la fragile silhouette vêtue de bleu ciel, bonnet rouge sur la tête, assise seule sur le devant de la scène. Pourtant il se dégage une telle force intrinsèque de la voix et de la guitare que ce déséquilibre passe à l’arrière-plan. De facto, de bout en bout du spectacle, c’est bien Seu Jorge qui pilote le navire.

Visiblement ravi de présenter le spectacle, le guitariste apporte des éléments de contexte. De sa verve gouailleuse appréciée par le public, il parsème la soirée d’éléments anecdotiques certes, mais essentiels qui donnent sens au projet.

Le timbre profond de baryton de Seu Jorge et le jeu rythmique précis et souple de la guitare s’imposent de bout en bout en en avant de la somptueuse masse orchestrale d’où se dégagent la force des percussions, la souplesse des cordes, le souffle puissant ou modulé des instruments à vents, la délicatesse de la harpe. Même le silence demeure invité dans la musique.

Le show ravit le public qui répond plusieurs fois aux sollicitations du chanteur et reprend avec lui les grands classiques de Bowie. Le superbe Rebel Rebel fleure bon la bossa. Sur Starman plus soutenu, l’orchestre stimule la puissance de la voix. Lady Stardust unit la voix de miel du chanteur et les cordes de la harpe pour une prière touchante.

Poignant, Rock’n Roll Suicide fait tanguer le navire. La voix grave, rocailleuse mais toujours chaleureuse domine l’orchestre et tel le tonnerre élève son cri impétueux dans la tempête. La tendresse revient sur scène avec Suffragette City et sur Oh! You Pretty Things on se délecte de la souplesse infinie de cette ballade où l’orchestre sert d’écrin à la voix sans l’écraser.

Quelques rafales de vent plus tard, avec la force des percussions et un peu d’écho, Seu Jorge entraîne le public dans sa capsule intersidérale en direction de Space Oddity. La voix prend le dessus sur la masse orchestrale. L’émotion est forte, on décolle. Sur Five Years l’orchestre exacerbe le climat et réveille le vent. Seu Jorge dédicace une version pleine de force et de grâce de Life on Mars en hommage à David Bowie et à son père disparus à quelques mois d’intervalle. Le set se termine avec When I Leave my dream.

Avec la guitare, la voix de Seu Jorge et l’écrin orchestral proposé par les 26 musiciens de l’Opéra de Lyon, la nouvelle hybridation du spectacle « Life Aquatic » met l’accent sur une impression de communion musicale envoûtante mais cependant assez éloignée de la saudade et de l’ambiance intimiste originelle. Il n’empêche… la magie a opéré et l’esprit de David Bowie a plané au-dessus du Grand Théâtre de Fourvière.

Clin d’œil à Shijin

Clin d’œil à Shijin

Projet international, « Shijin » réunit le bassiste Laurent David, le saxophoniste Jacques Schwarz-Bart, le batteur Stéphane Galland et le pianiste Malcolm Braff, quatre solistes aux styles et personnalités musicales différentes. Construite sous le signe de la liberté, la musique du quartet concentre une énergie intense que de belles mélodies mettent en cohérence.

Adrien Chicot est de retour avec « City Walk »

Adrien Chicot est de retour avec « City Walk »

Après « All in » et « Playing in the Dark », Adrien Chicot est de retour avec « City Walk ». Fidèle à ses complices, le contrebassiste Sylvain Romano et le batteur Jean- Pierre Arnaud, le pianiste propose un album d’une fougue et d’une élégance rares. La musique moderne, fluide et rythmique évoque avec justesse les atmosphères urbaines.

Clin d’œil à Claudio Miotti et « CLAXXX »

Clin d’œil à Claudio Miotti et « CLAXXX »

Sur l’album « CLAXXX », le trio du guitariste Claudio Miotti présente une musique singulière. La guitare baryton du leader s’unit aux clarinettes lyriques de Matteo Pastorino et au solide groove de la batterie de Jean-Baptiste Pinet. Entre rock rageur et jazz nuageux la musique hésite et privilégie les contrastes.

Share This