Echo#2-Jazz à Vienne 2021

Echo#2-Jazz à Vienne 2021

Soirée Piano

La pluie n’a pas arrêté le public venu le 29 juin 2021 pour la soirée Piano proposée par le festival Jazz à Vienne. Après une première partie consacrée à une prestation solo du pianiste Brad Mehldau, la scène du Théâtre Antique rend hommage au pianiste Michel Petrucciani avec dix musiciens réunis autour de ses musiques. Une soirée aux couleurs musicales contrastées.

Echo#2-Jazz à Vienne 2019 revient sur la soirée du 29 juin 2021 où le piano était à l’honneur.

La musique entropique de Brad Mehldau

Au public demeuré impassible sous la pluie pour l’écouter, Brad Mehldau propose un concert solo où sa technique vertigineuse soutient sa virtuosité durant les plus de soixante-dix minutes d’un concert solo inouï où le pianiste repousse très loin les limites de l’improvisation.

Le visage creusé, le cheveux grisonnants coupés courts, Brad Mehldau ne fait qu’un avec le Steinway. Sur le clavier du piano devenu comme une extension de lui-même, il développe durant presque soixante dix minutes, une musique élégante et subtile, fluide et raffinée, une musique à la fois sophistiquée et bouillonnante. Une musique en constante expansion… une musique entropique.

Au début du concert, tout en jouant, il regarde d’un œil amusé les festivaliers occupés à rabattre les capuches de leurs ponchos. Plus tard, il leur fera part de son « plaisir d’être là avec [eux] » et les remerciera d’être venus et d’être restés malgré ce « stormy weather ».

Concentré à l’extrême, les yeux fermés, tantôt le corps en arrière, le visage dans le prolongement de ses bras tendus sur le clavier, tantôt penché sur le clavier, la tête tournée de trois-quarts vers le public, juste au-dessus des touches qu’il caresse presque de ses joues, Brad Mehldau ouvre la soirée avec un set durant lequel il propose au public la quintessence de son style en solo.

On a l’impression d’écouter deux pianos. A la recherche de la note idéale, les deux mains du pianiste dialoguent, s’amusent sur le clavier comme deux complices totalement indépendantes. La main droite légère et sautillante improvise stimulée par les ostinatos rythmiques de la vigoureuse main gauche. Avec précision, les doigts détachent les notes, martèlent le clavier ou l’effleurent. Entre harmonie et contrepoint, les accords se croisent, les variations se suivent et toujours… et toujours, la musique respire.

Brad Mehldau invite le public à pénétrer dans son monde intérieur. Précis et puissant son phrasé sait aussi se faire léger et véloce. Les climats musicaux oscillent entre intimité et intensité, blues et gospel, romantisme et mélancolie. Teintées de bleu, les atmosphères se parent d’une douce mélancolie ou d’une tendre gravité.

Après un premier morceau de Radiohead, il interprète une version tout en souplesse de I’m The Walrus de John Lennon/Paul McCartney puis In The Kitchen, une composition personnelle gravée sur son tout dernier album « Ego » sorti en 2020 chez Nonesuch puis reprend Baby’s In Black, un autre titre des Beatles. Après avoir invité John Coltrane dans son répertoire, il interprète une version tout en délicatesse du thème de David Bowie, Life on Mars. Le retour du ciel bleu coïncide avec son interprétation de Go to Sleep de Radiohead.

A son écoute, on ressent l’impression de planer en toute liberté sur un tapis volant dans un espace où coexistent intensité et légèreté. Après ce moment de recueillement empreint de tendresse, il continue avec une ballade très contrastée dont la ligne musicale varie entre confidence et fièvre, entre murmures et phrases véhémentes proches de la colère pour finalement s’apaiser dans la douceur.

Après une ovation soutenue, Brad Mehldau revient pour un rappel qu’il offre au public en le remerciant d’être resté pour l’écouter en dépit des circonstances pluvieuses. Avec un humour certain, il fait le choix de jouer pour l’occasion Here’s That Rainy Day qu’il interprète avec une légèreté indicible sur un rythme ternaire… et l’on se prend à rêver que la musique de Brad Mehldau inspire les pluies à venir sur le Théâtre Antique de Vienne.

Hommage à Michel Petrucciani

Sous un ciel plus clément, une farandole de neufs musicien.ne.s du jazz actuel viennent rendre hommage à Michel Petrucciani que le festival Jazz à Vienne à invité sur la scène du Théâtre Antique en 1982, 1984, 1988, 1991, 1993 et 1996. Disparu le 06 janvier 1999 à l’âge de 36 ans, après une carrière fulgurante en France et à l’international, le pianiste demeure aujourd’hui encore un repère essentiel pour tous les musiciens.

Sur la scène se succèdent au fil de différents plateaux, Franck Avitabile (piano), Laurent Coulondre (piano, orgue Hammond), Jacky Terrasson (piano), Géraldine Laurent (saxophone alto), Andrea Motis (trompette), Flavio Boltro (trompette), Pierre Boussaguet (contrebasse), André Ceccarelli (batterie) et Aldo Romano (présentation et batterie). Par leurs notes, ils honorent la mémoire de Michel Petrucciani dont ils interprètent quelques compositions parmi lesquelles September Second, Rachid, Looking up et aussi le standard Body and Soul souvent joué par Michel Petrucciani.

Invité à se mêler à l’hommage, Tony Petrucciani, le père du pianiste, les rejoint. Sur le piano il tente d’égrener quelques notes de Misty, un morceau d’Erroll Garner qui fut un des pianistes préférés de Michel Petrucciani. En compagnie de Franck Avitabile, il joue quelques mesures de Nuages (de Django Reinhardt)  sur sa guitare puis tous deux présentent une courte version de Someday My Prince Will Come. Le set se termine avec une version chaloupée et applaudie de Brasilian Suite qui réunit les trois soufflants, André Ceccarelli, Pierre Boussaguet et Laurent Coulondre.

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