« Feelin’ Pretty », une relecture inventive
« Feelin’ Pretty » présente une relecture originale de « West Side Story » par un trio un peu fou de trois improvisateurs français, « Un Poco Loco ». Entre insolente parodie et hommage impertinent. Un régal d’inventivité et d’humour.
Né en 2014, le trio « Un Poco Loco » a été lauréat de Jazz Migration en 2016. Fidel Fourneyron est membre de l’ONJ et participe au Big Band Umlaut ainsi que Geoffroy Gesser et Sébastien Beliah. Après un premier album éponyme qui revisite des standards du bop des années 50, « Un Poco Loco » s’attaque à « West Side Story », l’œuvre mythique de Léonard Berstein.
Sur « Feelin’ Pretty » (Umlaut Records) paru le 21 avril 2017, les trois jeunes improvisateurs élaborent un travail que l’on peut sans conteste qualifier de raffiné, virtuose et inspiré. A trois, ils prennent le pari de restituer la dramaturgie de cette comédie musicale de 1961 couronnée par dix Oscars qui relate la vie des Jets et des Sharks et l’amour impossible de Maria pour Tony.
Certes ils ne sont pas les premiers à s’attaquer à ce monument de la comédie musicale. On se souvient en effet de ce merveilleux album « West Side Story (today) » (OWL) gravé en 1990 par Dave Liebman et Gil Goldstein. Le saxophoniste et le pianiste ont en leur temps décapé et rénové la partition de Bernstein tout en lui conservant la dynamique orchestrale grâce à l’utilisation des synthétiseurs et des séquences de programmation.
Choisir « Un Poco Loco », le titre d’une composition de Bud Powell, pour nommer leur trio donne d’emblée le ton. En effet, le tromboniste Fidel Fourneyron, le clarinettiste/ saxophoniste ténor Geoffroy Gesser et le contrebassiste Sébastien Beliah annoncent via le nom de leur groupe, leur volonté d’inscrire leur travail dans l’idiome du jazz et de signaler aussi qu’un brin de folie vit au cœur de leur musique.
Aujourd’hui sur « Feelin’ Pretty », le trio « Un Poco Loco » s’attaque à la mythique musique de Bernstein avec une instrumentation peu commune qui réunit trombone, saxophone ténor/clarinette et contrebasse. Loin de la masse orchestrale de l’enregistrement original, le trio joue avec les sons et les arrangements pour colorer sa musique. Influencés par le free jazz, la musique contemporaine et la musique concrète, les trois musiciens font du jazz à partir de « West Side Story » qu’ils mettent en scène de nouvelle manière. Ils empruntent les chemins de la liberté et parviennent à renouveler la musique originale et à surprendre.
Fidèle à l’esprit à la musique de Bernstein le trio restitue tout à fait l’esprit de ces thèmes qu’ils démontent et sculptent à leur manière. De la partition d’origine, le trio reprend Something is comin‘, America, Nowhere, I Feel Pretty, Prologue et Cool qui ouvre l’album de belle manière. Sur América ils reprennent huit mesures du morceau qu’ils font tourner en boucle. Une ronde infernale qui essouffle et donne le sourire. Les autres titres de l’album sont signés des membres du trio et respectent tout à fait le vocabulaire de l’œuvre originale comme le morceau intitulé Toux.
A trois, les musiciens restituent tout à fait l’ambiance originale de Prologue, la vie, le rythme, la vigueur, l’imminence du drame qui couve. Une sidérante réussite.
« Feelin’ Pretty ». Les couleurs inventives de la musique n’oblitèrent en rien son élégance et son humour. Un album vigoureux à savourer pour échapper à la pesanteur et à l’ennui.
« Elegant People » de Biréli Lagrène
Sur son nouvel album « Elegant People », Biréli Lagrène se montre en recherche d’essentiel. Grande maîtrise instrumentale mais aucune acrobatie démonstrative. En quartet, il revisite des classiques du jazz américain et se saisit d’autres mélodies ancrées dans sa mémoire. Le blues est la fondation principale de toutes ces variations musicales parées d’élégance et de fraîcheur.
Cecil Brocas, Cecil L. Recchia & Ana Carla Maza
Le premier trimestre 2026 est marqué par la sortie de trois albums remarquables crédités à des artistes féminines, Cecil Brocas, Cecil L. Recchia & Ana Carla Maza. Toutes trois chantent et la dernière est aussi violoncelliste et compositrice. Trois opus dont les propos empreints d’élégance ne manquent pas d’interpeler les oreilles friandes de musicalité et d’originalité. A savourer et à partager largement.
Youn Sun Nah revient avec « Lost Pieces »
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