Entre élégance et tumulte
Pour son troisième soir sur la scène du Théâtre les Arts de Cluny, Jazz Campus en Clunisois 2026 propose un double plateau. Après Punk Moon, projet du duo Claudia Solal-Benjamin Moussay, le quartet Chocho Cannelle présente le répertoire coloré de son album « Yo te cielo ». Une soirée en deux temps où élégance et tumulte font bon ménage.
Claudia Solal et Benjamin Moussay
Entre jazz et pop, le duo composé de Claudia Solal (voix, textes, compositions) et Benjamin Moussay (piano, synthés, compositions) propose la musique de leur projet « Punk Moon » composée conjointement par les deux artistes.
L’acoustique de la voix croise les notes des claviers, du piano et du synthétiseur modulaire. Circuits intégrés, câbles, séquenceurs, délais, filtres et contrôleurs pilotent les sons. Les textes sont signés en anglais par la chanteuse. Reste au public le droit de découvrir, d’écouter (ou pas), d’apprécier (ou non) le pas-de-deux singulier de ce duo lunaire.
Avant le concert, sans doute pour éviter les « parasites sonores », Benjamin Moussay recommande au public d’allumer les téléphones en fin de concert. Nul besoin pour eux d’immortaliser images ou sons pour alimenter la machine à (bon ou mauvais) souvenirs. Cependant, suggestion (non dite explicitement) par ailleurs, d’acheter en fin de spectacle de l’album « Punk Moon » sorti en mars 2025 sur le label Jazzdor series.
Après une première berceuse nostalgique, le duo enchaîne avec un deuxième titre. La voix plus tonique et expressive navigue entre tension et tendresse puis prend de l’épaisseur sous-tendue par les effets de la boîte à rythme. Le répertoire se poursuit.
Des sons graves sculptés par le piano font écho aux notes perlées de la voix qui s’écoulent comme des gouttes de pluie bienveillantes. Exclamations vocales dans les aigus et notes expressives égrenées par le piano. Accents percussifs aux tonalités bluesy sur le clavier. Propos vocal onirique, climats atonaux. La chanteuse siffle et bouge avec élégance alors que le pianiste percute les touches blanches et noires du piano. Le chant s’envole dans les cintres… ou au firmament (à chacun sa vision du monde).
Un duo lunaire étrange sans leader pour un voyage musical au pays du mystère. Des dialogues élégants entre électronique et acoustique.
Chocho Cannelle
Au duo, succède le quartet Chocho Cannelle qui présente le programme de leur album « Yo te cielo ». Le groupe a remporté le Prix du concours National de Jazz de la Défense en 2022.
La scène du Théâtre Les Arts de Cluny accueille Camille Heim (harpe électro Ilanera), Timothé Renard (clarinettes), Arthur Guyard (claviers) et Léo Danais (batterie).
La harpe ouvre le concert avant que la batterie explosive n’embrase la scène. Le piano lance le riff pulsatile de Highpoint auquel répondent les notes graves de la harpe et la mélopée de la clarinette qui s’emballe puis s’assagit pour dialoguer avec le piano. La clarinette basse pleure et engage un échange enchanteur avec le piano aux accents orientalisant alors que harpe et basse les soutiennent. Après un solo de batterie tout en suspension et syncopes, la harpe fait régner sur scène un climat envoûtant. Le public perçoit la grande connivence qui règne sur scène entre les musiciens.
Le quartet installe ensuite un climat frénétique avec un « road-trip » du côté de la région italienne, Cinque Terre. Dans les aigus, au-dessus des syncopes impulsées par le batteur, la clarinette basse embarque l’oreille dans un solo planant au-dessus des lignes musicales évanescentes que déroulent le duo piano/harpe. Aux légers arpèges posés par la main droite du piano répondent les échos de la harpe rêveuse.
Il s’agit ensuite, dixit Léo Danais, de demeurer « libres à l’intérieur de soi-même » en faisant référence à un des premiers morceaux joués par le groupe. Le souffle caressant de la clarinette basse s’élève au-dessus des accords de la harpe. Le groupe se retrouve et soutient un solo lunaire de la harpe enchanteresse. Le batteur se saisit ensuite des balais et instaure un dialogue avec le claviériste alors que des sons moelleux s’écoulent de la clarinette basse sur le battement décalé de la batterie joueuse. Entre la harpe cristalline, la clarinette basse tellurique et le clavier électrique, la mélopée enfle au gré des syncopes impulsées par la batterie polyrythmique sur Valse à Jeanne.
Aux dires du batteur approche alors « l’heure de se coucher » ce que confirment les pleurs d’un jeune enfant. Avant la fin de soirée, l’artiste engage le public à venir le rejoindre pour repartir un album vinyle ou un CD afin de garder un souvenir sonore de la soirée. Il propose de jouer le dernier morceau du set intitulé Industriel. Tempo dansant, sons trafiqués, ambiance électro, harpe interrogative, solo de clarinette basse dont les supers aigus planent au-dessus de la pulsation rythmique coquine du triangle et de la batterie.
En rappel, Una Piel Ardiente fait alterner moments calmes et passages ténébreux. De superbes échanges piano/harpe sont portés par la polyrythmie de la batterie. Sourires et applaudissements du public en prime.
Chocho Cannelle, une musique sophistiquée qui oscille entre tumulte pulsatile et subtiles échappées oniriques.
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