Marjolaine Reymond présente « Demeter No Access »

La prêtresse ensorcelle par son chant halluciné

Une fois de plus, Marjolaine Reymond s’aventure hors des cadres et refuse d’enfermer son art dans des frontières de style. Avec un talent créatif hors norme elle mêle toutes les couleurs de sa palette d’artiste dans l’univers ensorcelant de « Demeter No Access ». Telle une prêtresse hallucinée, elle continue à inventer un monde dans lequel il fait bon s’immerger.

Après « Eternal Sequence » (2005), « Chronos in USA » (2008) et « To be an Aphrodite or not to be » (2013), Marjolaine Reymond annonce une nouvelle autoproduction de son label Kapitaine Phoenix Collectif. Couverture de l'album de Marjolaine Reymond, "Demeter No Acess"Annoncé pour le 11 mai 2018, l’album « Demeter No Access » sort chez Cristal Records/Sony Music Entertainment.

Après avoir invité la déesse Aphrodite au cœur de son album précédent, Marjolaine Reymond convoque cette fois Déméter et Perséphone, invite Orphée et Eurydice, convie de fantastiques créatures animales moyen-âgeuses, fait un détour dans le second livre de la bible de l’Ancien Testament. L’album « Demeter No Access » se présente donc un polyptyque aventureux où dieux, mythes, personnages imaginaires ou bibliques se télescopent.

« Demeter No Access » étonne et comble à la fois. Singulier serait un terme trop étroit pour définir l’univers que chevauche la musique de l’album. Original pourrait convenir sous réserve d’ajouter d’autres qualificatifs afin de mieux cerner l’esthétique de l’album… étonnant et audacieux, moderne et poétique, mystérieux et fascinant, énigmatique et fragile, puissant et précieux, étrange et pulsatile.

Les musiciens

Sur les quatorze plages de « Demeter No Access », Marjolaine Raymond se produit en quintet entourée de Bruno Angelini (piano, fender rhodes), Denis Guivarc’h (saxophone alto), Olivier Lété (basse électrique) et Christophe Lavergne (batterie). Ce quintet aux sonorités très contemporaines intègre avec bonheur des sons électroniques dans sa trame musicale dense et organique.

Le groupe est rejoint sur certaines plages par un quatuor de cordes constitué de Régis Huby (violon), Clément Janinet (second violon), Guillaume Roy (alto) et Marion Martineau (violoncelle). Entre les deux groupes l’alchimie opère et ils terminent ensemble l’album dans une conclusion quasiment symphonique.

Sources et influences de Marjolaine

De facto, évoquer le monde de Marjolaine Reymond demeure difficile car sa créativité s’abreuve aux sources d’une culture élargie au-delà des frontières musicales. Cet album résulte en effet d’une démarche artistique inscrite autant dans la musique que dans la littérature. Son propos s’inspire en effet d’un manuscrit du Moyen Age (Le Bestiaire), d’un poème d’Ovide (Les Métamorphoses), de l’épopée grecque (L’Odyssée), du second livre de la bible de l’Ancien Testament (L’Exode) que des œuvres de trois poétesses romantiques du XIX siècle, Emily Bronte, Elisabeth Browning, Emily Dickinson qui irriguent son inspiration.

A travers sa nouvelle création « Demeter No Access » Marjolaine Reymond questionne la coexistence de l’animal en l’homme, de la société et du monde sauvage, de la liberté et du déterminisme, de l’amour et de la mort, thèmes toujours d’actualité en ce début de XXIème siècle. La mise en son de cet ambitieux projet restitue une esthétique qui impressionne par sa précision et sa musicalité quasi extatique.

L’art de Marjolaine

La chanteuse Marjolaine Reymond appuie son travail vocal sur une technique acquise par la pratique du chant lyrique et contemporain mais aussi dans le jazz. Il en ressort des échappées vocales hallucinantes, loin des schémas vocaux habituels. Parfaitement maîtrisée, sa voix se fait cristalline ou rauque, douce ou puissante, elle murmure ou simule le cri.

Elle signe toutes les compositions et confie l’arrangement du dernier titre de l’album à Christophe Monniot. Son inspiration de musicienne, compositrice et metteuse en sons s’abreuve dans de nombreux univers, musique contemporaine, chant lyrique, rock, musique improvisée, jazz expérimental et musique électroacoustique. On saisit en effet des influences et des références multiples issues du jazz (Norma Winstone, John Taylor, Meredith Monk, Kenny Wheeler), du monde unique de Frank Zappa, de la musique répétitive de Philip Glass et des incursions dans les territoires de la pop et du rock.

Marjolaine Reymond poursuit dans le domaine de l’art la même quête qu’Edgar Morin dans le domaine des sciences, réunir au lieu de scinder. Dans « Demeter No Access », elle y parvient tout à fait.

Impressions musicales

Bestiaire étonnant

Le flamboyant saxophone alto introduit le chant exalté qui déclame le pamphlet onirique de Cheval nommé. Sur Les cupidons glacés, un motif joué en boucle au piano accompagne la voix théâtralisée qui se métamorphose au fur et à mesure du développement du morceau.

Le Tigre d’Annabelle vibre de la voix lunaire de la chanteuse. Elle fait écho au chant lyrique et moderne du saxophone qui part ensuite en improvisation sauvage sur le fond entoilé de sonorités électroniques. Zappa n’est pas loin.

Métamorphoses polyphoniques

Eurydice interceptum morsus serpentis ouvre avec quatuor à cordes, effets électronique et quintet à voix. Le thème métamorphose littéralement le climat de l’album. Durant les 50 secondes de Spirito e cielo le chant des cordes s’éclaircit et Demeter No Access advient. La musique accouche d’un chant plaintif qu’accompagnent d’insolites créatures sonores électroniques.

Par magie, la voix devient solaire sur Ecrire la lettre. L’enchanteresse déclenche un solo du saxophone alto tout droit inscrit dans le sillage de Steve Coleman et libère la section rythmique organique.

Odyssée cosmique et Exode

La voix met sur orbite L’odyssée de Ted Parker qui débute un voyage cosmique accompagné par le groupe devenu soucoupe volante. Le voyage se termine plus tard avec L’exode de Ted Parker qui reprend les mêmes ambiances répétitives sur un tempo plus étiré à la fin de l’album. Sur des arrangements de Christophe Monniot, la voix évanescente et le groupe sont rejoints par les cordes. Cette micro-symphonie instaure un climat contemporain et mystique et marque la fin du voyage.

Entre ces deux thèmes les cordes habitent Orfeo e Proserpina qui émarge dans un monde proche de celui de Debussy. La voix et le saxophone évoquent ensuite Le cri du Centaure et ses vibrations mélodiques qui débouchent dans le monde ensauvagé de Persephone unlimited dont la pulsation résonne de la force du rock.

Isaac et le Minotaure s’élève comme un hymne à la joie où la voix et les cordes s’unissent avec bonheur. Cordes et sons électroniques induisent un flottement musical éphémère sur Senso di colpa e la perdita qui précède la fin de l’Odyssée et annonce L’exode de Ted Parker déjà évoqué.

Une pulsation vibrante règne sur « Demeter No Access » qui n’en finit pas d’étonner même après plusieurs écoutes attentives. L’alchimie musicale délivre des ondes chimériques. Groove organique et évanescences brumeuses se croisent et contribuent à créer un monde labyrinthique où l’on aime à déambuler en boucle sans jamais se perdre.

 

Pour profiter de la dimension scénique de « Demeter No Access » et retrouver Marjolaine Reymond, Denis Guivarc’h, Bruno Angelini, Olivier Lété et Christophe Lavergne, rendez-vous le 22 Juin 2018 à 21h au Studio de l’Ermitage, à Paris.
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