Enrico Rava présente « Edizione speciale »

Enrico Rava présente « Edizione speciale »

En métamorphose continuelle

Le trompettiste Enrico Rava présente « Edizione speciale » son dix-huitième album pour ECM. Une musique en métamorphose continuelle enregistrée live en août 2019 au Festival Middelheim d’Anvers avec une équipe de talentueux improvisateurs transalpins réunis autour du doyen du jazz italien. Toujours connecté à la tradition, son jazz explore les chemins de la liberté mais conserve la mélodie au cœur de son discours.

visuel de l'album Edizione speciale du trompettiste Enrico RavaFigure tutélaire du jazz européen, le trompettiste octogénaire Enrico Rava publie le 29 octobre 2021, « Edizione speciale » (ECM/Universal), des enregistrements du concert de son sextet au Antwerp Jazz Middelheim Festival, en août 2019.

Entre sérénité et turbulences, le leader porte une attention particulière à la ligne mélodique des morceaux. Son groove syncopé met en orbite les solos joyeux de chacun des membres du groupe, le guitariste romain Francesco Diodati, le contrebassiste toscan Gabriele Evanlegista et le batteur romain Enrico Morello rejoints par le saxophoniste Francesco Bearzatti et le pianiste Giovanni Guidi.

Construite à partir du jazz, la musique d’Enrico Rava est aussi influencée par la musique classique et populaire italienne. Comme le précise le trompettiste, elle restitue « le sentiment de l’Amérique du Sud, en quelque sorte ma deuxième maison, avec le tango et la musique brésilienne… je mets toutes les musiques que j’aime ensemble pour faire quelque chose qui est encore essentiellement du jazz, mais aussi indubitablement ma musique. »

Enrico Rava

Doyen du jazz italien, mentor de générations de jazzmen italiens, le trompettiste a été la figure de proue de l’avant-garde du jazz européen.

Né à Trieste (Italie) en 1939, Enrico Rava a commencé par jouer du jazz dixieland au trombone, avant d’écouter Miles Davis en 1957. Il se convertit alors à la trompette et s’intéresse à de nouvelles expressions musicales. Son album « The Forest and the Zoo », enregistré en 1966, est considéré comme l’un des dix disques incontournables du free jazz.

En 1967, il s’installe à New York « où étaient [s]es idoles, toutes les personnes qu'[il] voulai[t] rencontrer » et il trouve alors sa direction musicale. Il mène ensuite une activité tourbillonnante qui le conduit à croiser le chemin de nombreux musiciens parmi lesquels Roswell Rudd, Cecil Taylor, Charlie Haden, Steve Lacy, Carla Bley et le Jazz Composer’s Orchestra.

Qu’il ait joué free ou romantico/lyrique, Enrico Rava a diversifié le format de ses groupes, duos, trios, quartets, avec ou sans piano, quintets, octet, orchestre symphonique.

Le trompettiste italien a enregistré plus de 30 albums en tant que leader parmi lesquels il convient de citer ses premiers enregistrements chez ECM, « The Pilgrim And The Stars » (1975) et « The Plot » (1976), avec son quartet international composé de John Abercrombie, Palle Danielsson et Jon Christensen.

Il a ensuite gravé « Rava l’Opéra Va » (Label Bleu) sorti en 1993 basé sur des adaptations d’airs de Tosca, Manon Lescaut ou du Stabat Mater. En 1999, il sort « Rava Plays Rava », en duo avec le pianiste Stefano Bollani.

En 2004, sur le superbe « Easy Living », il revient au quintet avec Gianluca Petrella (trombone), Stefano Bollani (piano), Rosario Bonaccorso (contrebasse) et Roberto Gatto (batterie). En 2007, il sort « The Words And The Days » où Andrea Pozza tient le piano aux côtés des mêmes musiciens. La même année il retrouve Stefano Bollani sur “The Third Man”. En 2009, Mark Turner (saxophone ténor), Larry Grenadier (contrebasse) et Paul Motian (batterie) rejoignent Stefano Bollani et Enrico Rava sur l’album « New York Days ». En 2011, paraît « Tribe » où Enrico Rava croise les notes avec Gianluca Petrella (trombone), Giovanni Guidi (piano), Giacomo Ancillotto (guitare) Gabriele Evangelista (contrebasse) et Fabrizio Sferra (batterie).

En 2012, il consacre « On the Dance Floor » au répertoire de Michael Jackson en collaboration avec le Parco della Musica Jazz Lab. En 2015, Gianluca Petrella revient à ses côtés sur l’album « Wild Dance » avec Gabriele Evangelista, Enrico Morello (batterie) et Francesco Diodati (guitare). Plus récemment, Enrico Rava a publié l’album « Roma » (2019) enregistré live à l’Auditorium Parco della Musica.  Avec Joe Lovano il co-dirige le quintet dans lequel les deux leaders sont rejoints par Giovanni Guidi (piano), Dezron Douglas (contrebasse) et Gerald Cleaver (batterie).

En mai 2020 est paru « For Mario Live » chez Accidental Records, un album que le trompettiste dédie à la figure de Mario Guidi, manager historique de Rava, avec qui il a eu une relation de travail de trente ans, décédé en décembre 2019. L’album, propose plusieurs performances live du trio Rava-Herbert-Guidi avec Matthew Herbert aux samples et effets électroniques.

Le 29 octobre 2021, est annoncée chez ECM la sortie de l’album « Edizione speciale », le dix-huitième opus d’Enrico Rava pour le label allemand.

Musique en métamorphose continuelle

Tout au long des 64 minutes de l’album, Enrico Rava prend les choses en main et dirige le sextet. Il pose une note ou un motif qui devien(nen)t point(s) de départ aux improvisations des uns et des autres. Fantaisie dotée d’une élégance de chaque instant, « Edizione speciale » propose des contrastes de tempo. Flottement, explosion, balancement, rock enfiévré, ondulation, fulgurance… ainsi va la musique au fil des six pistes, de la tendre cadence au tourbillon enrocké.

En ouverture, Infant propose un paysage vibrant des joyeuses interventions de tous les musiciens. Bugle et saxophone s’envolent à l’unisson puis la guitare dissonante, voire même grinçante, se mêle aux tourbillons incandescents du piano farouche qui triture les aigus avant de terminer dans les graves. Les improvisations se suivent et ne se ressemblent pas, ambiances flottantes, propos anguleux, lignes tendues, énergiques débordements, échanges entre bugle et saxophone, entre guitare et piano poussés par la rythmique insolente du couple batterie/contrebasse.

Advient ensuite un heureux mélange du thème Once Upon a Summertime (La Valse des Lilas) de Michel Legrand avec Theme for Jessica Tatum d’Enrico Rava. La plage commence avec le bugle qui impulse un poétique tempo de ballade à Once Upon a Summertime. Le piano poursuit avec délicatesse avant de muscler son approche rythmique sur Theme for Jessica Tatum. Le saxophone lui répond en privilégiant une approche plus brute qui souffle un vent d’air frais. Les improvisations de tous les musiciens se succèdent ensuite, encouragés par un public vibrant.

Le trompettiste Enrico Rava

Enrico Rava©Andrea Boccalani-ECM Records

Sur Wild Dance, bugle et saxophone rivalisent de nostalgie et déroulent leurs phrasés contemplatifs avant que n’interviennent les distorsions sonores de la guitare. Le climat évolue et s’ensauvage alors que le bugle du leader s’élève vers d’aériennes contrées. De nuageuses ambiances électrisent le cosmos musical traversé de fulgurances sonores qui conduisent le groupe jusqu’aux portes de The Fearless Five. Sur un motif de basse réitératif, le bugle se manifeste avec légèreté puis chante à l’unisson avec le ténor. S’ensuivent des échanges jazz bop enflammées entre ténor, bugle et piano. Ce dernier se lance alors dans une improvisation tendue et anguleuse avec des paroxysmes et des effets d’accélération puis la batterie frénétique interpelle la guitare tumultueuse.

Le morceau suivant débute avec un clin d’œil à l’art de la fugue sur Le Solite Cose qu’interprètent bugle et saxophone. Après les chaleureuses ovations du public, le leader entame Diva. Les lignes suaves du bugle croisent celles de la contrebasse dont le solo brillant stimule la guitare fougueuse. Pour finir, le groupe se retrouve sur un tempo post bop. L’album se termine avec une reprise originale du populaire, Quizas, Quizas, Quizas. Chaque musicien expose son chorus et le sextet transfigure la chanson cubaine en un moment facétieux qui ne manque ni de groove ni de sensibilité.

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