Clin d’œil à Shijin

Energie magnétique d’un quartet hors classe

Projet international, « Shijin » réunit le bassiste Laurent David, le saxophoniste Jacques Schwarz-Bart, le batteur Stéphane Galland et le pianiste Malcolm Braff, quatre solistes aux styles et personnalités musicales différentes. Construite sous le signe de la liberté, la musique du quartet concentre une énergie intense que de belles mélodies mettent en cohérence.

Sorti le 26 octobre 2018, « Shijin » (Alter-nativ/Socadisc) porte le nom d’une symbolique orientale représentée par les quatre gardiens des points cardinaux. À chacun correspond un animal, une saison, une couleur, un élément, une vertu. Le quartet « Shijin » réunit quatre leaders solistes aux identités musicales très fortes, le bassiste Laurent David, le saxophoniste Jacques Schwarz-Bart, le batteur Stéphane Galland et le pianiste Malcolm Braff.

Le projet musical « Shijin » et l’album éponyme résultent de l’initiative de Laurent David, créateur et directeur artistique du label à but non lucratif alter-nativ.

« Shijin », le quartet

Impossible de perdre la boussole avec les quatre membres de « Shijin » dont chacun incarne une force, un style, une culture, une origine géographique différente.

En effet, le bassiste français Laurent David représente une force ancrée au plus profond de la terre comme l’illustre son travail dans le trio musclé M&T@L et au sein de l’Electric Epic de Guillaume Perret. A l’initiative du projet Shijin, le bassiste réunit des musiciens avec lesquels il a eu l’occasion de jouer.

Entre New-York et les Antilles, le saxophoniste ténor se plait à fusionner jazz et gwoka et vient de sortir « Hazzan ». Son souffle descend tout droit des éthers. Il a pour nom Jacques Schwarz-Bart. Le bassiste a eu l’occasion de jouer avec lui des musiques improvisées dans des clubs à New York.

Venu du Brésil, le pianiste vit en Suisse. Il est attaché à la dimension harmonique et rythmique de la musique qu’il se plait à renouveler sans cesse. Il a enregistré « Darkmatters » avec le bassiste. Connecté aux forces flamboyantes de la nature Malcom Braff a aussi travaillé au sein de « Lobi » avec le batteur de « Shijin ».

Polyrythmicien, le maître des fûts et des cymbales a exploré les rythmes de l’Afrique et est membre du trio belge « Aka Moon ». Il vient de sortir « Stéphane Galland & (the mystery of) Kem ». Il a joué avec Laurent David durant la tournée ‘Illusion » du trompettiste Ibrahim Maalouf. Il fait jaillir des cataractes rythmiques de sa batterie.

« Shijin », l’album

shijin, un album, un quartetLa volonté avérée de mener à bien le projet a permis au quartet de dépasser les contraintes qu’ont pu constituer l’éloignement et les engagements artistiques de chacun. Ainsi l’album “Shijin” qui paraît chez Alter-nativ a été construit en plusieurs temps, entre août et décembre 2017 sous la conduite du bassiste.

La construction de l’album résulte d’un « processus aveugle » puisque chacun apporte sa contribution à distance des autres, sans forcément savoir ce qui va advenir ensuite. Laurent David pilote ce travail. Lignes de basse et de batterie gravées à Paris. Interventions de clavier ajoutées ensuite à Chamonix. Enregistrement des parties de saxophone à Boston. Mixage par Antoine Delecroix au Studio de Meudon en janvier 2018. Masterisation par Jérôme Loyer.

Au final, même s’il ne restitue pas le travail d’une séance d’enregistrement interactive où les quatre protagonistes échangent en temps réel, l’album combine une musique cohérente et puissante. Les mélodies apparaissent comme des ilots apaisants qui flottent au-dessus d’une lave bourrée d’énergie.

Les huit pistes de « Shijin »

L’album ouvre avec Smells Funny où le le ténor lyrique et aérien exulte, le piano jubile et la basse vrombit. Lunaire et ludique Anemoi est soutenu par une section rythmique puissante qui permet au ténor de s’envoler avec fougue pour malaxer la matière musicale incandescente.

Entre gwoka et jazz, la basse déroule une ligne continue sur Afro Bear. Le morceau foisonne de multiples couleurs et de séquences rythmiques changeantes qui incitent à la danse. Débuté comme une « comptine » que chantent piano et ténor, New Neighborhood libère l’expression du saxophone avant de revenir à un tempo chaloupé repris par le collectif.

A partir d’un riff clavier-basse, The Bait déroule une mélodie alanguie soufflée par le ténor mélancolique. La trame musicale s’épaissit jusqu’à laisser émerger l’expression jubilatoire du piano.

Sur la ligne répétitive basse-fender-batterie de Blitzt’s z Züri, les ellipses du ténor et le phrasé percussif du Rhodes s’élancent dans la stratosphère. souffle alors un vent de folie inouïe. Un simple battement de cymbale charleston ouvre l’extravagant Discomania. Le clavier emboite le pas à la basse qui creuse son sillon. Après un changement rythmique le ténor souffle une mélodie qui inspire aux claviers des rugissements.

Pour finir, une tension rythmique continue parcourt The Edgewater Hotel qui met en valeur le jeu impressionnant du ténor et les climats évolutifs du piano.

Les lignes telluriques de la basse, les rythmiques torrentielles de la batterie, les envolées aériennes du saxophone et distorsions de lave des claviers font de « Shijin » une musique magnétique et énergique qui vaut le détour.

 
Après l’écoute de l’album, RV à 19h30 & 21h30 les 29 et 30 novembre 2018 au Duc des Lombards à Paris pour découvrir live la musique de Shijing proposée par Jacques Schwarz-Bart (saxophone ténor), Laurent David (basse), Stéphane Galland (batterie) et Malcolm Braff (piano, claviers).
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