Une complainte entre ouate et lumière
Avec « Mossy Ways », Eric Le Lann propose un opus hypnotique et séduisant. Sa trompette lumineuse trace des lignes mélodiques aériennes qui flottent dans un univers éthéré. La voix du chanteur breton Laurent Join apporte une pincée de mystère à cet album planant.
Sorti le 10 novembre 2017, « Mossy Ways » (Musique A Bord/L’Autre Distribution) se distingue des productions habitées par le souci de la performance et de l’urgence. Eric le Lann ne semble guère se soucier des modes et des contraintes qu’impose le système. Il continue à creuser son sillon et persiste avec bonheur à livrer une musique qui porte son empreinte. On l’en remercie.
A porter au crédit de l’artiste Isabelle Grangé, la couverture de l’album résonne tout à fait avec les atmosphères musicales de « Mossy Ways », entre ombre et lumière, sur les chemins où poussent les mousses.
Chaque album du trompettiste Eric Le Lann constitue un évènement. On se souvient du splendide « Life on Mars » sorti en 2015, du non moins réussi « I Remember Chet » en 2013 ou du percutant « Le Lann Top » en 2009. On connait sa longue complicité avec le pianiste Martial Solal. On n’oublie pas ses aventures dans les contrées du jazz fusion ni son travail d’écriture pour les musiques de film ou pour le théâtre. On se rappelle que le trompettiste breton s’est déjà engagé en 2003 dans l’univers de la musique celtique sur le CD « Origins ».
« Mossy Ways » dessine un univers différent des précédents opus mais n’en demeure pas moins ancré dans les fondamentaux du trompettiste. Loin des influences du système et des poncifs musicaux fondés à plaire avant toute chose, Eric Le Lann choisit ses notes et les pose avec soin. Sa musique aérienne lévite dans un univers ouaté déchiré par les lignes électriques d’une guitare inspirée.
Eric Le Lann s’est entouré du guitariste Patrick Manougian, du bassiste Philippe Bussonnet et du batteur Raphaël Chassin. Avec bonheur, leurs influences (pop, rock, jazz) croisent celles du trompettiste qui a aussi convié le chanteur breton Laurent « Lors » Jouin sur trois titres.
S’il s’exprime dans la langue bretonne, le chant de Laurent Jouin rappelle autant les mélopées de lointaines tribus indiennes que des chants du Maghreb ou la mélancolie du blues. Ainsi flottent le mystère sur An Diaoul Hag An Aour (Le Diable et l’Or), la tristesse sur Son Mari Vras (Le chant de la « Grande Marie ») et le regret sur Komedianez Ar Blijadur (La Nomade du Plaisir).
On rêve sur les cadences hypnotiques de Mossy Ways, Balladisa et Sierra Volare. Basse et batterie impulsent et soutiennent un groove efficace sur DEL et See You Soon où guitare et trompette joutent en bonne entente sur ces titres à l’énergie tout à fait maîtrisée.
Certes on perçoit des familiarités avec des atmosphères milesiennes ou bakeriennes mais pour finir c’est bien d’un monde lelannien dont il s’agit. Singulier et unique.
Album à la mélancolie éthérée, « Mossy Ways » ouvre des espaces imaginaires où l’on voyage avec bonheur entre ombre et soleil. Mélodies et improvisations génèrent des ambiances sensibles et déclenchent des émotions. Un répit bienvenu hors des sentiers trépidants des musiques de l’urgence vidées de tout sens.
« Life Letters » de Vincent Bourgeyx
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« Quelques notes sur la liberté », le film de Benjamin Delattre consacré à Michel Portal et produit par Sophie Faudel pour Mélisande Films, a été réalisé au cours des années 2021, 2022 et 2023. L’album du même nom en est la bande originale et constitue le dernier témoignage discographique de Michel Portal, ce musicien, inventeur, créateur et figure majeure du jazz et de la musique contemporaine.
Jazz Campus en Clunisois 2026 – La programmation
En Bourgogne du Sud, du 15 au 22 août 2026, le festival « Jazz Campus en Clunisois » donne rendez-vous à un large public pour vivre au rythme du jazz et des musiques improvisées. Cette année encore, groupes et musicien(n)es programmé(e)s sont le reflet de la créativité de l’héritage du jazz d’aujourd’hui. Presque exclusivement consacrée à la scène française, la programmation du festival fait la part belle à ce qui se fait de plus innovant, espiègle ou impertinent dans le jazz.