Avec « Trickster », Peter Rosendal signe un album inspiré

Avec « Trickster », Peter Rosendal signe un album inspiré

Rencontre imaginative aux confluences du jazz et du folk

Une des meilleures surprises de cet été 2020 réside en l’écoute de « Trickster ». En effet, il fait bon se délecter à l’écoute de cet album qui surprend autant qu’il enchante. Il transporte dans des contrées musicales stimulantes et imaginatives. Pour ce faire, le pianiste danois Peter Rosendal a associé le Big Band The Orchestra au groupe folk Trio Mio pour lesquels il a composé et arrangé un répertoire de neuf titres qui évoluent entre folk et jazz. Au-delà de sa richesse, la musique fascine par son imagination, sa fantaisie mais aussi par une mise en place précise et éclatante.

Au fil des ans, le pianiste de jazz, arrangeur, compositeur, invité du groupe folk ULC, et du Trio Mio, le Danois Peter Rosendal a été couvert d’éloges et de récompenses. couverture de l'album Trickster de Perter Rosendal with The Orchestra & Trio MioLoin de se contenter d’assumer le statut de pianiste de jazz qui lui est souvent attribué, le leader persévère dans sa volonté d’associer sans les dénaturer les musiques qui fondent son ADN de musicien, compositeur et arrangeur.

Dans son nouvel opus « Trickster » (Stunt Records/Una Volta Music) dont la sortie est annoncée pour le 24 juillet 2020, Peter Rosendal réunit le groupe folk Trio Mio dans lequel il s’exprime et le Big Band The Orchestra. La collaboration fonctionne à merveille sur les neufs titres que le leader a composés et arrangés pour les 22 instrumentistes. Avec une imagination inspirée par les musiques qui l’ont nourries, Peter Rosendal propose un album imaginatif qui emprunte au folk et au jazz. Ni du jazz, ni du folk, pas de reproduction, pas de trahison.

« Trickster », un album magique dont les sonorités font flirter tradition et avant-garde. A nulle autre pareille, la musique éclate d’une joie infinie et dépayse l’oreille dans un ailleurs inspiré et enchanteur. Loin de tous les formats ressassés et contraints, « Trickster » contribue par son humour, sa riche mise en place, ses éléments folkloriques et ses trouvailles rythmiques et mélodiques à enrichir le jazz sans pour cela le travestir. Une pure réussite !

Peter Rosendal

Né en 1976, Peter Rosendal a grandi dans les régions prospères de Jutland à Silkeborg, une ville historiquement célèbre pour son amour pour le jazz traditionnel. « A l’époque, je pensais que leur attitude envers cette musique était trop fondamentaliste. Je tenais à ce que les choses prennent une autre direction » se souvient le pianiste.le pianiste Peter Rosendal

Au cours des années, il persévère dans cette optique, refusant de prendre le parti du mimétisme. Pour lui, pas question de « reproduire ». Il diversifie les expériences et développe un langage musical singulier aux racines sont multiples.

Membre du groupe folklorique ULC, dont les disques ont été élus à deux reprises « Album de l’année » aux Danish Music Awards, il joue aussi du piano dans le Trio Mio, réputé pour sa capacité à préserver et à réinventer la musique folk. L’un des disques de son propre trio a été nommé « Jazz Release of the Year » aux Danish Music Awards. Au fil des ans, Peter Rosendal a été couvert de récompenses bien méritées et ce talentueux artiste aux multiples facettes a accumulé de nombreux prix et distinctions, notamment en ayant reçu une bourse de travail de trois ans de la Fondation nationale des arts du Danemark. Il a sorti un grand nombre d’album en son nom notamment « Pica-Pau », « Old Man’Kitchen » et « Love for Snail ».

« Trickster »

Inspiration

Pour l’album « Trickster », Peter Rosendal s’est inspiré de l’île de Fanø, au large de la côte ouest du sud du Jutland au Danemark, ainsi que de Belo Horizonte au Brésil. Outre la polka suédoise, Sønderhoning, nom donné à la fois aux résidents de la ville de Sønderho, à la musique et la danse locale, qui figure au cœur de son inspiration, les voyages au Brésil où le pianiste a côtoyé le légendaire clarinettiste Paulo Moura, ont aussi contribué à enrichir ses horizons musicaux.

« Je ne cherche pas à jouer du jazz sur un air folklorique… J’essaie de développer ces éléments folkloriques et d’appliquer de nouvelles couches, à la fois rythmiques et mélodiques, mais c’est probablement irrespectueux de la tradition pure… D’abord et avant tout, je veux développer mon propre univers”. Peter Rosendal

Les musiciens

Les membres du Trio Mio composé de Peter Rosendal au piano, Jens Ulvsand à la guitare et Kristine Heebøl au violon sont rejoints par ceux de The Orchestra conduit par Nikolai Bøgelund avec les trompettistes Erik Eilertsen, Jens Gotholdt, Maj Berit Guassora et Hendrik Jørgensen, les trombonistes Steen Hansen, Mia Engsager, Gustav Rasmussen, Niels Gerhardt, Kim Aagaard, Peter Fuglsang (clarinette et flûte), Kasper Wagner (flûte et flûte piccolo), Lars Møller ((saxophone ténor), Frederick Menzies (clarinette et clarinette basse), Anders Gaardmand (saxophone baryton et clarinette basse), Thor Madsen (guitare), Kaspar Vadsholt (basse fretless) et Jonas Johansen (batterie).

La pochette

L’opus doit son nom à Trickster, personnage central de la mythologie nordique. La pochette de l’album à porter au crédit de Paul Wilson et Nadja Rasmussen, vibre au diapason avec la tonalité musicale du répertoire. Mine hilare du bouffon fripon, décor ahurissant où se mêlent silhouettes d’animaux improbables, de musiciens, de clowns, de super héros et de personnages historiques.

Au fil des pistes

Sur Solstik 2, la clarinette à la sonorité cabotine fait des claquettes sur la mélodie au rythme du tambourin puis la masse orchestrale reprend le motif qui se déroule ensuite de manière exponentielle. Les éléments folkloriques se marient à merveille au big band jazz. On est ensuite saisi par le climat imaginatif de l’arrangement de Første brudestykke, thème traditionnel Sønderhoning, d’où émerge le souffle éruptif du saxophone ténor qui se déchaîne. Un véritable ravissement.

Changement de climat avec un arrangement du thème traditionnel Hu Hej Hummel i Æ vand où, en ouverture, le violon fait entendre une mélopée folklorique sur laquelle vient se greffer un motif musical avant-gardiste et fantaisiste que les musiciens reprennent tout en décalage. Haletant et surprenant ! Plus loin, Trio Mio propose Geddefiskeren, une danse folklorique au climat nostalgique jouée en contrepoint. A petits pas, The Orchestra intervient, se greffe sur la cadence musicale et embellit le propos musical qui prend une dimension magistrale.

Nouveau contraste avec Petuko, composition originale du leader dont l’écriture florissante tient l’oreille en suspens. Sur un tempo soutenu par une guitare qui sonne comme un banjo, tous les musiciens se répondent jusqu’à ce que le saxophone ténor fasse une échappée stratosphérique lors d’un court solo savoureux. Modernité, créativité et tradition jazz se croisent à merveille.

Soveåret démarre à partir d’un motif répétitif aux résonances folkloriques mais très vite, l’orchestre diversifie la palette sonore. Soutenu par une section de cuivres éclatants, le trombone éclaboussant fait rutiler les sonorités d’un jazz qui éclate avant que la mélopée ne reprenne ses droits. Avec son titre évocateur, LSD, composé par le pianiste, génère des ambiances colorées qui créent un univers sonore subtil où plusieurs strates instrumentales dessinent un millefeuille quasi hallucinogène. Un jazz expérimental totalement maîtrisé.

Advient alors The Triskster. Cette pièce qui donne son nom à l’album, illustre tout à fait la symbiose maîtrisée qui règne entre les différents genres musicaux. On est plongé dans un univers symphonique qui fait un clin d’œil à Gershwin. Le solo de la guitare étincelle et les arrangement sublimes brillent par leur originalité. Un sommet de musicalité.

Le voyage se termine avec Dieselvals. Le Trio Mio débute une ritournelle en forme de fugue sur laquelle la flûte s’envole et entraîne l’orchestre dans son sillage. La tête tourne et l’on se prend à danser sans aucune envie de s’arrêter.

Inspiré, l’album « Triskster » renouvelle les paysages du jazz. En cette période où les voyages par air, terre ou mer ne sont plus vraiment d’actualité, Peter Rosendal, Trio Mio & The Orchestra proposent une échappée à savourer avec délectation et sans restriction. Un périple musical qui ne laisse pas indifférent et dont on ne se lasse pas.

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