Un jazz esthétique empreint d’une nostalgie passéiste.
Le quartet acoustique de Jorgen Emborg avec le jeune harmoniciste Mathias Heise a gravé neuf compositions du leader sur l’album « What’s left? » sorti le 16 juin 2017. Un jazz agréable qui devrait plaire à un large public.
Pour son nouveau quartet acoustique le pianiste danois Jorgen Emborg s’est adjoint sur l’album « What’s left? » les services d’une section rythmique rôdée avec le contrebassiste Peter Hansen et le batteur Karsten Bagge. Les trois musiciens déroulent un tapis rouge au talentueux Mathias Heise, nouvelle révélation de l’harmonica chromatique qui joue sur du velours.
Il en résulte l’album « What’s Left? » (Stunt Records/Una Volta Music) sorti le 16 juin 2017. Le groupe livre une musique joyeuse dont l’écoute est tout à fait confortable et les mélodies aisément mémorisables. Soutenus par une section rythmique fiable et efficace, les solistes peuvent à loisir exposer les thèmes et développer sans risque aucun leurs improvisations au lyrisme contenu et maîtrisé.
What’s left? Le titre annonce par lui-même la musique proposée. On a l’impression de se trouver en terrain connu, celui d’un jazz lumineux certes mais sans aspérité et plutôt conventionnel. Une impression de « déjà écouté », comme les traces d’une esthétique passéiste agréable voire confortable mais sans surprise.
Pourtant on ne boude pas son plaisir et on se laisse porter par des rythmes empruntés à une musique brésilienne pourtant loin de toute folie ou par les trois temps du thème Never-Ending Waltz en cousinage direct avec « Bluesette » (la magnifique composition de Toots Thielemans). Les deux ballades What’s Left et Rule No 1 accueillent le silence et étirent le tempo propice ainsi à l’expression des solistes qui peuvent tout à loisir dérouler leur expression soignée.
Les interventions de Jorgen Emborg au piano électrique laissent entendre un son suranné qui détonne un peu dans le contexte. On le préfère sur le clavier du piano plus favorable à son expression sophistiquée. Un peu loin de l’esthétique de son « Quadrillon », Mathias Heise, le jeune prodige danois de l’harmonica chromatique, livre le meilleur de son art et développe des solos dont le lyrisme et la « fausse » simplicité évoquent une filiation en droite ligne avec le maître de l’instrument, un certain Toots Thielemans. D’ailleurs l’album se termine avec Theme for Toots, une très belle composition de Jorgen Emborg qui rend hommage au guitariste et harmoniciste belge, Toot Thielemans disparu le 22 août 2016.
En définitive un album esthétique, raffiné et soigné. Les mélodies bien léchées oublient pourtant de convoquer l’émotion. L’harmonica de Mathias Heise contribue par bonheur à lui donner du relief et des couleurs.
Les dix compositions de Jorgen Emborg de l’album « What’s Left? » ont été enregistrées les 10 et 11 octobre 2016 par Thomas Vang au Village Studio de Copenhague sauf le titre Theme for Toots enregistré au Moonsong Studio de Copenhague le 09 décembre 2016.
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